Vous comparez une offre d'emploi au Québec avec ce que vous gagnez en Chine, ou l'inverse. Le premier réflexe est de sortir une calculatrice et de convertir en yuans. Le chiffre qui en sort ne veut presque rien dire : il met en face d'un revenu que vous touchez déjà net un salaire canadien annoncé en brut, et il ignore tout ce que le Québec facture — ou ne facture pas — autrement. Voici comment refaire le calcul dans le bon ordre.

Au Québec, une offre annonce toujours un brut

Au Québec comme ailleurs au Canada, un employeur annonce un salaire brut : le montant avant retenues. Le net, c'est ce qui arrive réellement dans votre compte. Entre les deux, cinq prélèvements partent automatiquement de chaque paie :

  • l'impôt fédéral, pour le gouvernement du Canada ;
  • l'impôt du Québec, que la province perçoit séparément ;
  • le Régime de rentes du Québec (RRQ), qui construit votre future rente de retraite ;
  • l'assurance-emploi (AE), qui vous verse un revenu si vous perdez votre emploi ;
  • le Régime québécois d'assurance parentale (RQAP), qui paie les congés de maternité et de paternité.

Prenons un exemple chiffré : un brut de 65 000 $ par année. Voici ce que chaque ligne retire, avec les paramètres de 2026.

Ce qui est retenu Brut annuel 65 000 $
Ce qui est retenu Brut annuel Part du brut
Impôt fédéral −5 267 $ 8,1 %
Impôt provincial −6 004 $ 9,2 %
RRQ −3 875 $ 6,0 %
Assurance-emploi −845 $ 1,3 %
RQAP −280 $ 0,4 %
Total des retenues −16 270 $ 25,0 %
Net annuel 48 730 $ 75,0 %

C'est ce net-là, et non le brut de l'offre, qu'il faut poser à côté de votre revenu actuel.

Convertir, oui, mais avec un taux daté

Une fois le net obtenu, la conversion a enfin un sens. Encore faut-il un taux qui vienne de l'organisme qui le publie, et non d'un ordre de grandeur retenu de mémoire.

La Banque du Canada publie chaque jour ouvrable ses taux de change quotidiens. Le 23 octobre 2026, un yuan — la page emploie le nom officiel, renminbi chinois — valait 0,2098 dollar canadien. La convention est indiquée sur la page : le chiffre donne la valeur d'une unité de devise étrangère exprimée en dollars canadiens. En retournant la fraction, un dollar canadien valait donc environ 4,77 yuans ce jour-là.

Deux réserves, que la page énonce elle-même. D'abord, ces taux sont indicatifs : ce sont des moyennes de cotations, pas le taux qu'une banque vous appliquera au comptoir. Ensuite, un taux de change est une donnée du jour, pas un barème annuel : celui du mois prochain sera différent. Si vous refaites le calcul plus tard, relevez le taux du jour plutôt que de réutiliser celui-ci.

Reste la limite de fond : une conversion donne un ordre de grandeur, pas un pouvoir d'achat. Elle ne dit rien des prix que vous paierez sur place. Nous avions détaillé ce piège pour l'euro dans notre article sur la conversion d'une offre canadienne.

Ce que ce net couvre déjà

Une partie de ce qui est retenu ne disparaît pas : elle remplace des dépenses que vous auriez eues autrement. C'est précisément ce que la conversion fait disparaître du calcul.

Commençons par le RRQ. Vous cotisez au Régime de rentes du Québec dès que vos revenus de travail dépassent 3 500 $ par année, et vous cessez de cotiser au-delà de 85 000 $, le maximum fixé par la loi. Entre les deux, le maximum des gains admissibles est de 74 600 $. Ce n'est pas un impôt mais une épargne obligatoire : la somme vous revient plus tard, sous forme de rente.

La santé ensuite. Le Québec couvre les services hospitaliers et les services médicaux par deux régimes publics universels : une fois que vous y êtes inscrit, ni la consultation ni l'hospitalisation ne vous sont facturées. Une nuance s'impose, parce qu'elle surprend souvent : les médicaments relèvent d'un régime mixte, public et privé, et ne sont donc pas gratuits.

La garde d'enfants enfin, qui pèse lourd dans un budget familial. Une place en service de garde subventionné coûte 9,65 $ par jour en 2026, et c'est le même tarif quel que soit le revenu de la famille. Les places non subventionnées fixent librement leurs prix, plus élevés, mais ouvrent droit à un crédit d'impôt québécois et à une déduction fédérale qui réduisent l'écart.

Taux moyen et taux marginal : ce qu'une augmentation rapporte

L'impôt ne frappe pas le salaire d'un seul bloc. Il monte par tranches : chaque portion du revenu est imposée à son propre taux. Au fédéral, les 58 523 premiers dollars sont imposés à 14 % en 2026, et la portion située entre 58 523 $ et 117 045 $ l'est à 20,5 %. Le Québec applique ensuite son propre barème par-dessus.

De là viennent deux chiffres qu'on confond sans arrêt :

  • le taux moyen est la part de l'ensemble de votre salaire qui part en retenues. Il répond à la question « combien me reste-t-il ? » ;
  • le taux marginal est le taux qui s'applique au prochain dollar gagné. Il répond à la question « que me rapporte vraiment une augmentation ? ».

Le taux marginal est toujours le plus élevé des deux. À 65 000 $, notre calculateur québécois affiche un taux marginal d'environ 36 % : d'une hausse de 1 000 $, il reste donc à peu près 640 $ net. Cela ne signifie pas que tout votre salaire est imposé à 36 % — seule la portion qui dépasse le seuil l'est.

Comparer la Chine et le Québec sans se tromper de chiffre

Vous ne trouverez dans cet article ni prix chinois ni salaire moyen chinois, et c'est délibéré. Nous ne citons que des chiffres lus sur le site de l'organisme qui les publie ; aucune source officielle chinoise n'était joignable au moment d'écrire ces lignes. Une moyenne nationale recopiée d'un agrégateur aurait l'air sérieuse et ne vaudrait rien. Vos propres relevés bancaires des douze derniers mois sont une bien meilleure base.

Voici donc une méthode plutôt qu'un ratio. Elle tient en quatre gestes.

  1. Partir du net des deux côtés. Un brut canadien ne se compare à rien tant qu'il n'est pas devenu un net.
  2. Comparer des parts, pas des montants. Quelle fraction de votre revenu net part en logement, en alimentation, en transport — ici, et là où vous vivez aujourd'hui ? Une part se compare d'un pays à l'autre ; un montant converti, non.
  3. Retirer ce qui est déjà payé. Consultation médicale, hospitalisation, garderie subventionnée, congés parentaux : ces postes ne reviennent pas une seconde fois dans un budget québécois.
  4. Ajouter ce qui apparaît. Le loyer, souvent le premier poste du budget ; l'assurance habitation ; une voiture ou un titre de transport ; et l'équipement d'hiver de la première année.

La méthode vaut depuis n'importe quel pays. Nous l'avions appliquée à une comparaison depuis le Maroc, avec les mêmes précautions.

Trois vérifications avant de dire oui à une offre

  • Le net avant tout. Calculez-le pour le montant exact de l'offre : c'est le seul chiffre comparable à votre budget actuel.
  • La ville, pas la province. Un salaire se négocie à l'échelle du Québec, un loyer se paie à l'échelle du quartier. Le même net ne vaut pas la même chose à Montréal et en région.
  • La première année. Prévoyez les frais d'installation, et le délai avant les premiers versements de crédits et d'allocations : ils dépendent d'une déclaration de revenus que vous n'avez pas encore produite.

Questions fréquentes

Combien reste-t-il d'un salaire de 65 000 $ au Québec ?

Sur un salaire brut de 65 000 $ par année, cinq retenues obligatoires sont prélevées directement sur la paie : l'impôt fédéral, l'impôt du Québec, le Régime de rentes du Québec (RRQ), l'assurance-emploi et le Régime québécois d'assurance parentale (RQAP). Le tableau de cet article en donne le détail ligne par ligne, calculé avec les paramètres de 2026. Le montant dépend uniquement du salaire : les retenues à la source ne tiennent pas compte de votre situation familiale, qui est régularisée au moment de la déclaration de revenus.

Quel est le taux de change entre le yuan et le dollar canadien ?

La Banque du Canada publie un taux de change quotidien pour le renminbi chinois, chaque jour ouvrable. Le 23 octobre 2026, un yuan valait 0,2098 dollar canadien, soit environ 4,77 yuans pour un dollar canadien. Ce taux est indicatif : il s'agit d'une moyenne de cotations, pas du taux qu'une banque applique à une opération réelle. Et il change tous les jours, donc il faut le relever à la date où l'on fait son calcul plutôt que de réutiliser un chiffre plus ancien.

Les soins de santé sont-ils gratuits au Québec ?

Les services hospitaliers et les services médicaux sont couverts par deux régimes publics universels : une fois inscrit, vous ne payez ni la consultation ni l'hospitalisation. Les médicaments, eux, relèvent d'un régime mixte qui associe l'État et des assureurs privés, et ils ne sont donc pas gratuits. Certains soins, comme les services dentaires ou optométriques, ne sont offerts sans frais qu'à des groupes précis répondant à des critères définis.

Pourquoi convertir son salaire en yuans ne suffit-il pas pour comparer ?

Une conversion donne un ordre de grandeur, pas un pouvoir d'achat. Trois choses lui échappent. D'abord, un salaire canadien est annoncé en brut, alors qu'on le compare à un revenu déjà net. Ensuite, le taux de change bouge chaque jour et ne reflète pas les prix pratiqués sur place. Enfin, une partie des retenues québécoises remplace des dépenses : soins médicaux, garde d'enfants subventionnée, congés parentaux. La bonne méthode consiste à comparer la part du revenu net consacrée à chaque poste de dépense, des deux côtés.

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