Votre employeur accepte la semaine de quatre jours, mais à 80 % du salaire. Sur le papier, vous renoncez à un cinquième de votre paie. Dans votre compte bancaire, la baisse est nettement plus petite — parce que la part du salaire que vous abandonnez est justement la plus taxée de toutes.
Le marché : quatre jours pour 80 % du salaire
La formule la plus répandue est simple : une journée de travail en moins, une baisse de salaire au prorata. Cinq jours deviennent quatre, et le salaire passe à 80 % de ce qu'il était.
Prenons un exemple chiffré, avec un salaire rond pour que le calcul reste lisible : 70 000 $ par année au Québec, à cinq jours par semaine. Au prorata, quatre jours donnent 56 000 $. C'est 14 000 $ de brut en moins sur l'année.
La vraie question n'est pas là. Elle est de savoir combien, sur ces 14 000 $, vous auriez réellement touché.
Pourquoi votre net baisse moins vite que votre brut
La dernière tranche de salaire est la plus taxée
L'impôt est progressif, au fédéral comme au Québec. Votre revenu est découpé en tranches, et chaque tranche a son propre taux. Vous ne payez donc pas un seul pourcentage sur tout ce que vous gagnez : un taux faible s'applique aux premiers dollars, un taux plus élevé aux suivants.
Le taux marginal, c'est le taux qui frappe le dernier dollar gagné. Et comme c'est ce dernier dollar que vous abandonnez en passant à quatre jours, c'est lui qui décide de la facture.
À 70 000 $, vous êtes dans la tranche fédérale de 20,5 %, celle qui couvre les revenus de 58 523 $ à 117 045 $. Les résidents du Québec ne supportent pas ce taux en entier. L'abattement du Québec, maintenu à 16,5 % pour 2026, retranche automatiquement une part de l'impôt fédéral, parce que Québec perçoit lui-même une portion de l'impôt des particuliers. Le taux fédéral réellement payé sur cette tranche tourne donc autour de 17 %.
Vient ensuite l'impôt du Québec. À 70 000 $, vous êtes dans la deuxième tranche québécoise, celle qui commence juste après le seuil de 54 345 $ publié par le ministère des Finances du Québec. Le barème du calculateur Salarium applique 19 % à cette tranche.
Additionnez les deux morceaux et le taux marginal combiné atteint 36,1 % à 70 000 $. Sur les derniers 100 $ gagnés, 36 $ ne vous revenaient pas.
À 56 000 $, le portrait change. Vous repassez sous 58 523 $, donc sous la tranche fédérale de 20,5 %, et le taux marginal combiné redescend à 30,7 %. La coupure traverse une frontière de tranche : sa partie haute était taxée plus lourdement que sa partie basse.
Les cotisations suivent, mais pas toutes
Trois cotisations sont retenues sur une paie québécoise en plus de l'impôt : le Régime de rentes du Québec (RRQ), l'assurance-emploi et le Régime québécois d'assurance parentale (RQAP). Elles sont calculées sur le salaire, donc elles baissent quand il baisse — mais seulement dans une certaine plage.
Chacune a un plafond au-delà duquel elle cesse d'augmenter. Le maximum des gains ouvrant droit à pension est de 74 600 $ pour 2026, avec une exemption de base de 3 500 $ sur laquelle rien n'est prélevé. Du côté de l'assurance-emploi, la rémunération assurable est plafonnée à 68 900 $, au taux québécois de 1,30 %, soit 895,70 $ au maximum pour l'année.
Ce plafond a une conséquence directe ici : à 70 000 $, vous versiez déjà la cotisation d'assurance-emploi maximale. La tranche de salaire comprise entre 68 900 $ et 70 000 $ ne portait plus aucune cotisation d'assurance-emploi — il n'y avait donc rien à économiser de ce côté en l'abandonnant.
Le calcul, avant et après
Cinq jours : 70 000 $ brut
| Ce qui est retenu | Brut annuel | Part du brut |
|---|---|---|
| Impôt fédéral | −6 253 $ | 8,9 % |
| Impôt provincial | −7 175 $ | 10,3 % |
| RRQ | −4 190 $ | 6,0 % |
| Assurance-emploi | −896 $ | 1,3 % |
| RQAP | −301 $ | 0,4 % |
| Total des retenues | −18 815 $ | 26,9 % |
| Net annuel | 51 185 $ | 73,1 % |
Le net annuel s'établit à 51 185 $, soit environ 4 265 $ par mois. Le taux moyen de retenue — ce que l'ensemble des prélèvements représente par rapport au brut — est de 26,9 %.
Quatre jours : 56 000 $ brut
| Ce qui est retenu | Brut annuel | Part du brut |
|---|---|---|
| Impôt fédéral | −4 123 $ | 7,4 % |
| Impôt provincial | −4 671 $ | 8,3 % |
| RRQ | −3 308 $ | 5,9 % |
| Assurance-emploi | −728 $ | 1,3 % |
| RQAP | −241 $ | 0,4 % |
| Total des retenues | −13 070 $ | 23,3 % |
| Net annuel | 42 930 $ | 76,7 % |
Le net tombe à 42 930 $, soit environ 3 577 $ par mois, pour un taux moyen de 23,3 %. Ce taux moyen baisse parce que les crédits d'impôt de base, eux, ne bougent pas : ils pèsent plus lourd dans un salaire plus petit.
Ce que la journée de congé coûte vraiment
Les deux colonnes côte à côte :
| Cinq jours | Quatre jours | Écart | |
|---|---|---|---|
| Salaire brut | 70 000 $ | 56 000 $ | −14 000 $ |
| Net annuel | 51 185 $ | 42 930 $ | −8 256 $ |
| Net mensuel | 4 265 $ | 3 577 $ | −688 $ |
| Taux moyen de retenue | 26,9 % | 23,3 % | −3,6 points |
| Taux marginal | 36,1 % | 30,7 % | −5,4 points |
Le brut baisse de 20 %. Le net, lui, ne baisse que de 16 %.
Sur les 14 000 $ de salaire abandonnés, 5 744 $ ne vous seraient jamais parvenus : ils partaient en impôt et en cotisations. La perte réelle est de 8 256 $, soit 59 % de la coupure affichée. Les 41 % restants étaient déjà prélevés avant que vous ne voyiez l'argent.
Refaites le calcul avec votre propre salaire sur le calculateur de salaire net du Québec : entrez votre brut actuel, puis le brut au prorata, et comparez les deux nets.
Ce que le calcul ne dit pas
Trois choses que la comparaison ci-dessus ne couvre pas, et qui peuvent peser autant que l'impôt.
- Vos droits sociaux baissent aussi. Un salaire plus bas, ce sont des cotisations plus basses au RRQ, donc des gains moindres inscrits à votre dossier de retraite. Même logique pour l'assurance-emploi et le RQAP, dont les prestations se calculent sur la rémunération assurable.
- Les avantages ne se réduisent pas tous au prorata. Assurance collective, régime de retraite d'employeur, vacances, jours de maladie : certains suivent le salaire, d'autres suivent le statut ou les heures. C'est à vérifier ligne par ligne avec l'employeur, pas à supposer.
- Quatre jours ne veut pas toujours dire moins d'heures. Certaines ententes compriment la même semaine en journées plus longues, sans baisse de salaire. Dans ce cas, rien de ce qui précède ne s'applique : le brut ne bouge pas, le net non plus.
Si vous hésitez entre deux arrangements, ou entre deux employeurs, la méthode est la même que pour comparer deux offres d'emploi au Québec : comparer des nets, jamais des bruts.
Les questions à poser avant de signer
- La baisse de salaire est-elle vraiment au prorata, ou l'employeur propose-t-il mieux que 80 % ?
- Quel brut annuel exact figurera au contrat ? C'est ce montant, et non un pourcentage, qu'il faut entrer dans un calculateur.
- Les cotisations au régime de retraite et l'assurance collective sont-elles maintenues au niveau d'un temps plein ?
- Les vacances et les congés sont-ils comptés en jours ou en semaines ? Quatre jours de congé valent une semaine complète dans une semaine de quatre jours.
- L'entente est-elle réversible, et à quelles conditions ?
Un dernier repère, valable pour cet exemple : chaque tranche de 1 000 $ de brut abandonnée coûte environ 590 $ de net. Multipliez par la coupure proposée avant de dire oui ou non.
Questions fréquentes
Un salaire réduit de 20 % fait-il baisser mon net de 20 % ?
Non. Dans l'exemple d'un salaire québécois de 70 000 $ ramené à 56 000 $, le brut baisse de 20 % et le net de 16 %, soit 8 256 $ sur l'année. La part du salaire abandonnée était taxée au taux marginal, le plus élevé de tous, et portait aussi des cotisations : sur 14 000 $ de brut en moins, 5 744 $ ne vous parvenaient de toute façon pas.
Qu'est-ce que le taux marginal, en une phrase ?
C'est le pourcentage d'impôt qui s'applique au dernier dollar gagné, et non à l'ensemble du salaire. Il est plus élevé que le taux moyen, parce que l'impôt est découpé en tranches et que les premiers dollars gagnés sont imposés plus légèrement que les derniers.
Est-ce que je paie moins d'impôt en pourcentage si je passe à quatre jours ?
Oui. Dans l'exemple, le taux moyen de retenue passe de 26,9 % à 23,3 %. La raison est que les crédits d'impôt de base ne changent pas avec le salaire : ils représentent une part plus grande d'un revenu plus petit, ce qui allège le taux d'ensemble.
Est-ce que ma rente de retraite du RRQ sera plus basse ?
Oui, pour les années travaillées à quatre jours. La rente du Régime de rentes du Québec se calcule sur les gains inscrits à votre dossier année après année, et un salaire plus bas inscrit des gains plus bas. L'effet sur la rente finale dépend du nombre d'années concernées par rapport à l'ensemble de votre carrière.
Et si la semaine de quatre jours se fait sans baisse de salaire ?
Alors rien de ce calcul ne s'applique. Certaines ententes compriment les mêmes heures en quatre journées plus longues, ou réduisent les heures en maintenant la rémunération. Le brut reste identique, donc le net aussi, et la seule chose à vérifier est l'organisation du temps de travail.
Sources de cet article
- Agence du revenu du Canada — Taux d'imposition et tranches de revenu pour l'année en cours (2026)
- Agence du revenu du Canada — T4032QC, Tables de retenues sur la paie, information générale
- Ministère des Finances du Québec — Paramètres du régime d'imposition des particuliers pour 2026
- Agence du revenu du Canada — Taux de cotisation au RPC, maximums et exemptions
- Agence du revenu du Canada — Taux de cotisation à l'AE et maximums