Au Québec, prendre des vacances ne veut pas dire perdre une paie. La loi prévoit une somme, l'indemnité de congé annuel, qui vous est versée justement pour couvrir la période où vous ne travaillez pas. Cette indemnité vaut 4 % ou 6 % de votre salaire brut, selon le nombre d'années passées chez le même employeur. Voici quand on passe de l'un à l'autre, ce que ça représente en dollars, et ce qu'il en reste une fois les retenues faites.
4 % ou 6 % : ce que prévoit la loi
L'indemnité de congé annuel est un pourcentage de tout ce que vous avez gagné pendant l'« année de référence » — la période de douze mois, du 1er mai au 30 avril dans la plupart des milieux, qui sert à calculer vos vacances.
Ce pourcentage dépend de votre service continu, c'est-à-dire le temps passé sans interruption au service du même employeur. La règle, fixée par la Loi sur les normes du travail, est simple :
| Service continu | Vacances | Indemnité |
|---|---|---|
| Moins de 1 an | 1 jour par mois travaillé (max. 2 semaines) | 4 % |
| De 1 an à moins de 3 ans | 2 semaines | 4 % |
| 3 ans et plus | 3 semaines | 6 % |
Le saut se produit exactement à 3 ans d'ancienneté : c'est le moment où vous gagnez une troisième semaine de vacances et où le taux de votre indemnité passe de 4 % à 6 %.
Combien ça fait en dollars
Le calcul est direct : on applique le pourcentage à votre salaire brut. Pour un salaire de 50 000 $, l'indemnité représente 2 000 $ à 4 %, et 3 000 $ à 6 % — mille dollars de différence, uniquement grâce à l'ancienneté.
| Salaire brut annuel | Indemnité à 4 % | Indemnité à 6 % |
|---|---|---|
| 30 000 $ | 1 200 $ | 1 800 $ |
| 50 000 $ | 2 000 $ | 3 000 $ |
| 70 000 $ | 2 800 $ | 4 200 $ |
Attention à ne pas voir cette somme comme un bonus qui s'ajoute à votre salaire. Si vous êtes payé à salaire fixe et que vous prenez vos semaines de congé, l'indemnité est votre paie pendant ces semaines : elle est déjà comprise dans votre salaire annuel. Elle devient un montant bien visible et distinct surtout pour les personnes payées à l'heure, sur appel ou de façon saisonnière, ou quand elle s'accumule (4 % ajouté à chaque paie, par exemple) et vous est remise à part.
L'indemnité de vacances est-elle imposée ?
Oui, entièrement. L'indemnité de congé annuel est un revenu d'emploi ordinaire : il n'existe aucun taux réduit ni traitement de faveur. Elle s'ajoute à votre revenu et est imposée selon votre tranche.
Concrètement, l'employeur y applique les mêmes retenues à la source que sur un salaire. L'Agence du revenu du Canada confirme que la paie de vacances se traite comme une paie ordinaire : versée pendant que vous êtes en congé, elle donne lieu aux cotisations (régime de rentes, assurance-emploi) exactement comme votre salaire habituel ; accumulée et payée sans congé pris, l'impôt et la cotisation de retraite se calculent selon la méthode des paiements par gratification, mais l'assurance-emploi — 1,30 % au Québec, jusqu'à un revenu de 68 900 $ — reste prélevée comme sur une paie normale.
Côté impôt, tout dépend de votre tranche. À 50 000 $, chaque dollar supplémentaire est imposé à environ 26 % une fois combinés l'impôt fédéral (14 % sur cette tranche) et l'impôt du Québec — c'est votre taux marginal, celui qui s'applique au dernier dollar gagné.
Ce qu'il vous reste net
Sur un salaire de 50 000 $, voici ce que les retenues laissent réellement :
| Ce qui est retenu | Brut annuel | Part du brut |
|---|---|---|
| Impôt fédéral | −3 478 $ | 7,0 % |
| Impôt provincial | −3 815 $ | 7,6 % |
| RRQ | −2 930 $ | 5,9 % |
| Assurance-emploi | −650 $ | 1,3 % |
| RQAP | −215 $ | 0,4 % |
| Total des retenues | −11 088 $ | 22,2 % |
| Net annuel | 38 912 $ | 77,8 % |
Il reste environ 38 900 $ net, soit un peu plus de 22 % du brut qui part en impôt et en cotisations. Si votre indemnité de vacances fait partie de ce salaire — le cas de la plupart des personnes salariées — c'est déjà votre net : rien de plus à retenir.
Si, au contraire, l'indemnité vous est versée à part (travail à l'heure, revenus variables, ou solde payé à votre départ), elle se pose au sommet de votre revenu et subit votre taux marginal, plus élevé que le taux moyen (voici pourquoi les deux diffèrent). À 50 000 $ de revenu, comptez qu'environ un tiers de cette somme part en impôt et en cotisations : un chèque de vacances de 2 000 $ vous laisse alors autour de 1 300 $.
En pratique
- Vérifiez la ligne « vacances » ou « 4 % / 6 % » sur votre talon de paie : c'est là que l'indemnité apparaît.
- Le taux passe de 4 % à 6 % à partir de 3 ans de service continu chez le même employeur.
- Si vous changez d'emploi, l'indemnité accumulée mais non prise vous est payée à votre départ — et elle est imposable cette année-là.
- Pour voir ce qu'un montant donné laisse net, faites le test avec le calculateur de Salarium.
Questions fréquentes
L'indemnité de congé annuel est-elle imposable ?
Oui, en totalité. C'est un revenu d'emploi ordinaire, imposé au même titre que votre salaire. L'employeur y prélève l'impôt et les cotisations (Régime de rentes du Québec, assurance-emploi, Régime québécois d'assurance parentale) comme sur une paie normale.
Quand passe-t-on de 4 % à 6 % ?
Dès que vous atteignez 3 ans de service continu chez le même employeur. En dessous de 3 ans, l'indemnité est de 4 % ; à 3 ans et plus, elle est de 6 % et vous avez droit à une troisième semaine de vacances.
Le 4 % ou 6 % s'ajoute-t-il à mon salaire ?
Pas pour une personne à salaire fixe : l'indemnité correspond à la paie que vous recevez pendant vos semaines de congé, elle est déjà comprise dans votre salaire annuel. Elle devient un montant distinct surtout si vous êtes payé à l'heure, de façon variable, ou si elle vous est remise en un seul versement.
Sur quels revenus le pourcentage est-il calculé ?
Sur le salaire brut gagné pendant l'année de référence, une période de douze mois qui va généralement du 1er mai au 30 avril. On additionne tout ce que vous avez gagné, puis on applique 4 % ou 6 %.
Que devient mon indemnité si je quitte mon emploi ?
L'indemnité accumulée mais non prise doit vous être versée au moment de votre départ. Elle est pleinement imposable dans l'année où vous la recevez, avec les retenues habituelles.