Vous êtes malade un mardi matin. Votre employeur doit-il vous payer cette journée-là ? Au Québec, la réponse tient dans une règle courte et souvent mal comprise : la Loi sur les normes du travail garantit deux journées payées par année, et seulement après trois mois de service. Voici ce que ces journées couvrent vraiment, et ce qu'elles valent une fois les retenues passées.
Deux journées payées par année, après trois mois de service
La Loi sur les normes du travail est un plancher : le minimum qu'un employeur doit offrir, quelle que soit sa politique maison. Sur les absences pour maladie, ce plancher tient en une phrase.
Un salarié qui compte au moins trois mois de service continu chez le même employeur a droit à deux journées d'absence payées par année. « Service continu » veut simplement dire que vous êtes à l'emploi de façon ininterrompue depuis trois mois — le temps partiel compte.
Deux détails que presque tout le monde manque :
- Ce sont deux journées par année civile, pas deux journées par épisode de maladie.
- Ces deux journées ne sont pas réservées à votre propre maladie. Elles se prennent dans l'ensemble des absences que la loi protège, dont celles pour obligations familiales.
Tout ce qui dépasse ces deux journées reste protégé — votre employeur ne peut pas vous congédier parce que vous êtes malade — mais n'est pas payé, à moins que votre contrat de travail, votre convention collective ou la politique de votre employeur ne prévoie mieux.
Maladie ou obligations familiales : la loi ne compte pas de la même façon
Beaucoup de gens croient avoir « deux journées de maladie » d'un côté et « dix jours pour la famille » de l'autre. Ce n'est pas ainsi que la loi est construite.
| Motif de l'absence | Durée protégée par la loi | Journées payées |
|---|---|---|
| Maladie, accident, don d'organe ou de tissus, et certaines autres situations graves prévues par la loi | Jusqu'à 26 semaines sur une période de 12 mois | Les 2 premières journées de l'année |
| Obligations familiales ou de proche aidant | Jusqu'à 10 journées par année | Les 2 premières journées de l'année |
Le tableau se lit en deux temps. La colonne du milieu, c'est le droit de s'absenter sans perdre son emploi. La colonne de droite, c'est le droit d'être payé. Les deux ne se superposent que sur deux journées — et ces deux journées sont communes aux deux lignes.
Conséquence concrète : si vous avez utilisé vos deux journées payées en février pour accompagner un enfant chez le médecin, elles ne sont plus disponibles en novembre quand vous attrapez une grippe. Le droit de vous absenter, lui, reste entier.
Une journée payée, c'est du salaire comme les autres
Une journée de maladie payée n'est ni un bonus ni une indemnité à part. C'est du salaire. Elle apparaît sur votre relevé de paie comme n'importe quelle journée travaillée, et elle passe par exactement les mêmes retenues.
Au Québec, ces retenues sont au nombre de trois, en plus des deux impôts :
- Le Régime de rentes du Québec (RRQ), le régime public de retraite. La cotisation est obligatoire dès que vos revenus de travail dépassent 3 500 $ par année. C'est la version québécoise du Régime de pensions du Canada : un employeur dont la province d'emploi est le Québec retient le RRQ à la place du RPC.
- L'assurance-emploi, qui finance les prestations versées quand on perd son emploi — ou quand on est malade trop longtemps. Au Québec, le salarié y cotise à 1,30 % en 2026, sur un maximum de 68 900 $ de revenus assurables.
- Le Régime québécois d'assurance parentale (RQAP), qui finance les congés de maternité, de paternité et les congés parentaux.
Le montant brut de la journée, lui, est établi à partir de votre salaire des semaines précédentes. La loi procède ainsi pour qu'un salarié à horaire variable ne soit pas pénalisé par une semaine creuse. Pour quelqu'un qui touche un salaire annuel stable, cela revient à une journée normale de paie.
Ce qu'il reste vraiment dans votre compte
Prenons un salaire annuel de 60 000 $ — un chiffre rond, choisi pour illustrer, pas une moyenne. Voici comment il se décompose sur une année complète :
| Ce qui est retenu | Brut annuel | Part du brut |
|---|---|---|
| Impôt fédéral | −4 633 $ | 7,7 % |
| Impôt provincial | −5 386 $ | 9,0 % |
| RRQ | −3 560 $ | 5,9 % |
| Assurance-emploi | −780 $ | 1,3 % |
| RQAP | −258 $ | 0,4 % |
| Total des retenues | −14 617 $ | 24,4 % |
| Net annuel | 45 383 $ | 75,6 % |
Le taux moyen de retenue s'établit autour de 24 %. Sur 260 jours payés dans l'année, une journée vaut donc à peu près 231 $ brut, dont il reste environ 175 $ une fois les retenues passées. Deux journées payées, c'est de l'ordre de 350 $ net.
Une précision qui compte. Ces 24 %, c'est le taux moyen : la part de votre salaire total qui part en impôts et en cotisations. Le taux marginal, lui, est le taux qui frappe le prochain dollar gagné ; il tourne plutôt autour de 36 % à ce niveau de salaire, parce que les tranches d'imposition fédérales et québécoises montent par paliers. Lequel s'applique à une journée de maladie ? Le taux moyen : pour un salarié payé à l'année, cette journée ne s'ajoute pas à votre revenu, elle en fait déjà partie.
Sous réglementation fédérale, c'est plutôt dix jours payés
Une minorité de travailleurs au Canada ne relève pas des normes du travail de sa province, mais du Code canadien du travail : banques, télécommunications, transport interprovincial — camionnage, rail, transport aérien. Si c'est votre cas, la règle québécoise des deux journées ne vous concerne pas, et vous êtes nettement mieux servi.
Le régime fédéral prévoit jusqu'à 10 jours de congé payé pour raisons médicales par année. Ces jours s'accumulent plutôt que d'être donnés d'un coup : après une période d'admissibilité initiale de 30 jours d'emploi continu, vous obtenez 3 jours, puis 1 jour de plus au début de chaque mois, jusqu'au maximum de 10.
Comment savoir de quel régime vous relevez ? C'est le secteur d'activité de votre employeur qui tranche — ni votre métier, ni la province où vous habitez.
Quand la maladie s'étire : l'assurance-emploi prend le relais
Deux journées payées ne couvrent ni une opération ni un épuisement professionnel. Pour les absences longues, le filet n'est plus l'employeur : c'est l'assurance-emploi, celle-là même que vous financez à chaque paie.
Les prestations de maladie versent 55 % de votre revenu assurable, jusqu'à un maximum de 729 $ par semaine en 2026, pendant un maximum de 26 semaines. Ce plafond hebdomadaire est atteint dès qu'on gagne 68 900 $ par année : au-delà, les prestations cessent de monter, parce que les cotisations non plus ne montent plus.
Le mode de calcul reprend la mécanique des prestations régulières, détaillée dans notre article sur le calcul des prestations d'assurance-emploi au Québec.
À vérifier dans votre propre cas
- Votre convention collective ou votre contrat de travail. La loi fixe un plancher, jamais un plafond. Beaucoup d'employeurs offrent une banque de journées de maladie plus généreuse ; c'est elle qui s'applique alors.
- Votre relevé de paie. Une journée de maladie payée doit y figurer comme du salaire, avec les retenues habituelles. Si elle n'y apparaît pas, posez la question.
- Votre ancienneté. Sous les trois mois de service continu, le droit aux deux journées payées n'est pas encore ouvert — le droit de s'absenter, lui, l'est.
- Votre montant net. Pour savoir ce qu'une journée vaut réellement dans votre situation, le calculateur de salaire net du Québec fait le calcul à partir de votre propre brut.
Questions fréquentes
Combien de journées de maladie payées la loi prévoit-elle au Québec ?
La Loi sur les normes du travail prévoit deux journées payées par année pour un salarié qui compte au moins trois mois de service continu chez le même employeur. Ces deux journées couvrent autant les absences pour maladie que celles pour obligations familiales. Au-delà, les absences protégées par la loi sont sans salaire, à moins que le contrat de travail, la convention collective ou la politique de l'employeur ne soit plus généreuse.
Faut-il trois mois d'ancienneté pour avoir droit aux journées payées ?
Oui. Le droit aux deux journées payées s'ouvre après trois mois de service continu chez le même employeur. Avant ce seuil, un salarié peut toujours s'absenter pour les motifs protégés par la Loi sur les normes du travail, et son emploi reste protégé, mais ces journées ne sont pas rémunérées.
Une journée de congé de maladie payée est-elle imposée ?
Oui, exactement comme une journée travaillée : c'est du salaire. L'impôt fédéral et l'impôt du Québec s'y appliquent, de même que les cotisations au Régime de rentes du Québec, à l'assurance-emploi et au Régime québécois d'assurance parentale. Sur un salaire annuel de 60 000 $, le taux moyen de retenue tourne autour de 24 %, ce qui laisse environ 175 $ sur une journée valant à peu près 231 $ brut.
Que se passe-t-il si la maladie dure plus que deux journées ?
Les journées suivantes ne sont pas payées par l'employeur, mais l'absence reste protégée : la Loi sur les normes du travail couvre le lien d'emploi pendant une absence pour maladie pouvant aller jusqu'à 26 semaines sur une période de 12 mois. Pour le revenu, le relais est pris par les prestations de maladie de l'assurance-emploi, qui versent 55 % du revenu assurable jusqu'à un maximum de 729 $ par semaine en 2026, pendant un maximum de 26 semaines.
Les employés des banques et du transport interprovincial ont-ils les mêmes droits ?
Non, ils sont mieux servis. Ces secteurs relèvent du Code canadien du travail plutôt que des normes du travail du Québec, et le régime fédéral prévoit jusqu'à 10 jours de congé payé pour raisons médicales par année. Ces jours s'accumulent : 3 jours après une période d'admissibilité initiale de 30 jours d'emploi continu, puis 1 jour de plus au début de chaque mois, jusqu'à 10.
Sources de cet article
- Gouvernement du Canada — Congés pour les employés sous réglementation fédérale (congé payé pour raisons médicales)
- Gouvernement du Canada — Prestations de maladie de l'assurance-emploi : montant des prestations
- ARC — Taux d'impôt fédéral et tranches de revenu, année courante
- ARC — Taux de cotisation à l'assurance-emploi et maximums
- ARC — Retenues à la source : le RRQ au lieu du RPC pour la province d'emploi du Québec
- Gouvernement du Québec — Régime de rentes du Québec
- Gouvernement du Québec — Taux de cotisation au Régime québécois d'assurance parentale