À 80 000 $ de salaire brut, un résident de l'Ontario et un résident du Québec ne gardent pas la même somme dans leur poche. Les deux paient l'impôt fédéral, mais chaque province a ensuite ses propres taux, ses cotisations de retraite et quelques petites taxes bien à elle. Voici, chiffres officiels 2026 à l'appui, ce qui reste vraiment de ce salaire de chaque côté de la rivière des Outaouais.

Le point de départ : deux systèmes sur le même 80 000 $

Au Canada, votre salaire est imposé à deux étages. Le premier étage est l'impôt fédéral, identique partout au pays. Le deuxième est l'impôt provincial, propre à chaque province. À cela s'ajoutent des cotisations obligatoires : la retraite publique, l'assurance-emploi, et parfois une contribution supplémentaire selon l'endroit où vous vivez.

Un mot sur la « tranche d'imposition », le mot que vous verrez revenir : c'est simplement une portion de votre revenu à laquelle s'applique un taux donné. Votre premier bloc de revenu est taxé à un taux bas, le bloc suivant à un taux un peu plus élevé, et ainsi de suite. Vous ne payez jamais le taux le plus élevé sur la totalité de votre salaire, seulement sur la partie qui tombe dans la tranche la plus haute.

À 80 000 $, le fédéral applique deux tranches : 14 % jusqu'à 58 523 $, puis 20,5 % sur la portion au-delà, d'après les taux d'impôt fédéral publiés par l'Agence du revenu du Canada pour 2026. Ça, c'est pareil en Ontario et au Québec. Toute la différence se joue à l'étage provincial et dans les cotisations.

Ce qui reste : le salaire net comparé

Voici la même personne — célibataire, sans personne à charge, avec les crédits de base — dans les deux provinces. Les montants sont des estimations arrondies pour l'année 2026.

Poste Québec Ontario
Salaire brut 80 000 $ 80 000 $
Impôt fédéral 7 926 $ 9 543 $
Impôt provincial 9 029 $ 4 184 $
Contribution santé de l'Ontario 750 $
Retraite (RRQ / RPC) 4 695 $ 4 446 $
Assurance-emploi 896 $ 1 123 $
RQAP (assurance parentale) 344 $
Total des retenues 22 890 $ 20 046 $
Salaire net annuel 57 110 $ 59 954 $
Net mensuel (moyenne) 4 759 $ 4 996 $
Taux moyen de retenue 28,6 % 25,1 %

Le résultat : sur un salaire de 80 000 $, un Ontarien conserve environ 2 844 $ de plus par année qu'un Québécois, soit à peu près 237 $ de plus chaque mois. Le « taux moyen de retenue » indiqué dans le tableau, c'est la part totale de votre salaire qui part en impôts et cotisations : 28,6 % au Québec contre 25,1 % en Ontario.

Un détail qui surprend souvent : la ligne « impôt fédéral » est plus basse au Québec (7 926 $ contre 9 543 $), alors même que le barème fédéral est le même partout. On explique ce paradoxe juste en dessous.

Pourquoi le Québec prélève-t-il plus d'impôt ?

Deux raisons, et elles vont dans le même sens.

La première, c'est l'abattement du Québec. « Abattement » veut simplement dire rabais : les résidents du Québec obtiennent un rabais de 16,5 % sur leur impôt fédéral. C'est ce rabais qui fait descendre la ligne fédérale de 9 543 $ à 7 926 $ dans le tableau. Mais ce n'est pas un cadeau : ce rabais existe parce que Québec administre lui-même certains programmes que le fédéral gère ailleurs, et le finance par son propre impôt provincial. Ce qui est retranché au fédéral est donc largement repris par la province.

La deuxième raison, c'est que les taux provinciaux du Québec sont plus élevés et grimpent plus vite. À 80 000 $, le revenu québécois est déjà entamé par une tranche à 19 %, alors qu'en Ontario la deuxième tranche n'est qu'à 9,15 %.

Québec (2026) Ontario (2026)
1re tranche 14 % jusqu'à 54 345 $ 5,05 % jusqu'à 53 891 $
2e tranche 19 % jusqu'à 108 680 $ 9,15 % jusqu'à 107 785 $
3e tranche 24 % jusqu'à 132 245 $ 11,16 % jusqu'à 150 000 $

Sources : Revenu Québec (2026) et Agence du revenu du Canada (2026). Bout à bout, l'impôt sur le revenu (fédéral plus provincial) atteint 16 955 $ au Québec contre 13 727 $ en Ontario — un écart d'environ 3 200 $ en faveur de l'Ontario, en partie compensé par les autres postes.

Retraite, assurance-emploi et la « taxe santé » ontarienne

Au-delà de l'impôt, trois postes distinguent les deux provinces.

La retraite. Le Québec a son propre régime, le Régime de rentes du Québec (RRQ), là où le reste du Canada cotise au Régime de pensions du Canada (RPC). En 2026, le RRQ prélève 6,30 % sur les gains admissibles, contre 5,95 % pour le RPC. Un Québécois met donc un peu plus de côté pour sa retraite : 4 695 $ contre 4 446 $ à 80 000 $. Ce n'est pas de l'impôt perdu — c'est de l'épargne forcée qui vous reviendra en rente.

La contribution santé de l'Ontario. L'Ontario ajoute une contribution santé (l'Ontario Health Premium) prélevée à la source selon le revenu. Elle monte par paliers : 750 $ par année pour un revenu imposable entre 72 000 $ et 200 000 $ — c'est le cas de notre exemple à 80 000 $ — et 900 $ au maximum, seulement au-delà de 200 600 $. Le Québec n'a plus d'équivalent depuis l'abolition de sa contribution santé.

Pourquoi l'assurance-emploi coûte moins cher au Québec

Parce que le Québec gère lui-même son congé parental, via le Régime québécois d'assurance parentale (RQAP). En échange, ses résidents paient un taux d'assurance-emploi réduit : 1,30 % au Québec en 2026, contre 1,63 % ailleurs au pays. Le hic, c'est qu'un Québécois paie en plus la cotisation au RQAP (0,43 %). Au total, un Ontarien verse 1 123 $ d'assurance-emploi ; un Québécois verse 896 $ d'assurance-emploi plus 344 $ de RQAP, soit 1 240 $ combinés — un peu plus, mais avec un régime de congé parental plus généreux à la clé.

Le taux marginal : ce qui compte pour votre prochaine augmentation

Le « taux marginal » est le taux qui s'applique au prochain dollar que vous gagnez — par exemple sur une augmentation ou une prime. Il est plus élevé que votre taux moyen, parce que ce dollar supplémentaire tombe dans votre tranche la plus haute. Si la distinction entre les deux vous échappe encore, notre billet sur le taux marginal et le taux moyen la détaille pas à pas.

À 80 000 $, le taux marginal d'imposition sur le revenu est d'environ 36,1 % au Québec et 29,7 % en Ontario. Concrètement : sur une prime de 1 000 $, un Québécois garderait à peu près 639 $ et un Ontarien environ 703 $ après impôt.

Bon à savoir pour l'Ontario : la province ajoute une « surtaxe » (un impôt calculé sur l'impôt) aux revenus plus élevés, mais elle ne commence à mordre qu'autour de 98 000 $ de revenu. À 80 000 $, elle ne change donc rien à notre exemple.

Ce qu'il faut retenir

  • Sur 80 000 $, l'Ontarien garde environ 2 844 $ de plus par année (≈ 237 $ par mois) que le Québécois.
  • L'écart vient surtout de l'impôt provincial : les taux du Québec sont plus élevés et grimpent plus vite, malgré le rabais de 16,5 % sur l'impôt fédéral.
  • Une partie de la différence n'est pas de l'impôt « perdu » : le Québec fait cotiser un peu plus à la retraite (RRQ) et finance un régime de congé parental (RQAP) que l'Ontario n'offre pas.
  • En retour, l'impôt québécois finance des services que l'Ontario facture séparément ou n'offre pas au même niveau — comparer uniquement le net raconte donc la moitié de l'histoire.

Ce ne sont que des estimations pour un profil simple (célibataire, crédits de base). Votre situation réelle dépend de vos crédits, de vos personnes à charge et de vos autres revenus. Le calculateur Salarium établit le salaire net québécois selon exactement cette méthode : entrez-y votre propre salaire pour obtenir la portion Québec au dollar près, puis comparez-la aux chiffres ontariens du tableau ci-dessus. Pour un salaire plus modeste, voyez aussi notre calcul détaillé sur un salaire de 60 000 $ au Québec.

Sources

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