Votre employeur est prêt à vous donner quelque chose, mais une seule chose : une semaine de vacances de plus, ou une augmentation. Tant qu'on les regarde en brut, les deux demandes se ressemblent. Une fois la paie faite, elles n'ont plus rien à voir — parce qu'une seule des deux passe par les retenues. Voici le calcul, chiffré sur un salaire de 65 000 $ par année au Québec.
Une des deux demandes passe par la paie, l'autre non
Une augmentation est un revenu de plus. Elle s'ajoute à votre salaire, donc elle est imposée, et elle subit les cotisations sociales. Vous ne touchez jamais la totalité de ce que votre employeur ajoute.
Une semaine de vacances payée de plus, pour un salarié payé à l'année, n'est pas un revenu. Votre salaire ne bouge pas : vous recevez la même somme pour une semaine de travail en moins. Il n'y a donc aucun dollar neuf à imposer, et aucun dollar neuf sur lequel cotiser.
C'est toute la différence entre les deux demandes, et elle se chiffre.
Ce que vaut une semaine de vacances de plus
Partons d'un salaire brut de 65 000 $ par année. Divisé par les 52 semaines de l'année, cela donne 1 250 $ de salaire brut par semaine, soit environ 928 $ net une fois les retenues prélevées.
Obtenir une semaine payée de plus, c'est donc se faire payer ces 1 250 $ pour une semaine que vous ne travaillez plus.
Il faut être précis sur ce que cela signifie, parce que c'est là que beaucoup de gens se trompent : la semaine ne met pas 1 250 $ de plus à la banque. Votre dépôt de paie reste exactement le même. Ce qu'elle vous rend, c'est du temps que vous payiez jusqu'ici en heures de travail — et elle vous le rend sans qu'un seul dollar passe par les retenues.
Ce qu'une augmentation laisse vraiment
Demandons maintenant l'équivalent en argent : une hausse de 1 250 $ par année, soit exactement la valeur d'une semaine de salaire.
Sur ce montant, le premier prélèvement est l'impôt. À ce niveau de salaire, chaque dollar additionnel est imposé à environ 36,1 %. Ce taux porte un nom : le taux marginal. Il ne frappe pas tout votre salaire, seulement le prochain dollar gagné — c'est pour cela qu'il est toujours plus élevé que le taux que vous payez en moyenne. Si la distinction ne vous est pas familière, nous l'avons détaillée dans notre article sur le taux marginal et le taux moyen.
Ces 36,1 % additionnent deux impôts. Le premier est fédéral : les tranches d'imposition fédérales placent ce revenu dans la tranche de 20,5 % pour 2026, réduite ensuite par l'abattement du Québec, une remise d'impôt fédéral accordée aux résidents de la province. Le second est québécois, et il s'ajoute par-dessus.
L'impôt n'est pas seul à prélever. Sur ces mêmes dollars, vous cotisez aussi au Régime de rentes du Québec : 5,3 % pour le régime de base et 1 % pour le régime supplémentaire, jusqu'à un maximum de gains admissibles de 74 600 $. Vous cotisez aussi à l'assurance-emploi, au taux québécois de 1,30 % jusqu'à 68 900 $ de revenus assurables, et au RQAP, le régime d'assurance parentale. Ces cotisations donnent droit à des crédits d'impôt, qui vous en remboursent une petite partie.
Résultat : des 1 250 $ ajoutés à votre salaire, il vous reste 724 $. Vous en conservez 57,9 %.
Posée à l'envers, la question est encore plus parlante. Pour mettre réellement dans vos poches les 928 $ nets que vaut une semaine de salaire, il ne faudrait pas une augmentation de 1 250 $, mais d'environ 1 600 $.
Voici où part le reste, sur ce salaire de 65 000 $ :
| Ce qui est retenu | Brut annuel | Part du brut |
|---|---|---|
| Impôt fédéral | −5 267 $ | 8,1 % |
| Impôt provincial | −6 004 $ | 9,2 % |
| RRQ | −3 875 $ | 6,0 % |
| Assurance-emploi | −845 $ | 1,3 % |
| RQAP | −280 $ | 0,4 % |
| Total des retenues | −16 270 $ | 25,0 % |
| Net annuel | 48 730 $ | 75,0 % |
Plus le salaire est élevé, moins l'augmentation rapporte
| Salaire brut | Une semaine de salaire | Même montant en augmentation : ce qu'il en reste | Part conservée |
|---|---|---|---|
| 45 000 $ | 865 $ | 591 $ | 68,3 % |
| 65 000 $ | 1 250 $ | 724 $ | 57,9 % |
| 120 000 $ | 2 308 $ | 1 253 $ | 54,3 % |
À 120 000 $, une semaine vaut 2 308 $, et l'augmentation du même montant n'en laisse que 1 253 $. Plus votre taux marginal monte, plus l'écart se creuse en faveur du congé. C'est aussi vrai dans l'autre sens : à 45 000 $, vous gardez 68,3 % de l'augmentation, et l'argent redevient compétitif. Le détail de ce mécanisme est dans notre article sur ce que laisse une augmentation de salaire.
Le cas où « une semaine de plus » est bel et bien du revenu
Tout ce qui précède vaut pour un salarié payé à l'année. Si votre paie de vacances est plutôt calculée en pourcentage de votre salaire — 4 % du salaire gagné, qui passe à 6 % après trois ans de service continu chez le même employeur, selon la Loi sur les normes du travail —, la conclusion s'inverse.
Dans ce cas, « une semaine de vacances de plus » veut dire un pourcentage plus élevé, donc de l'argent en plus. Et cet argent-là est du revenu d'emploi comme un autre. L'Agence du revenu du Canada est explicite : la paie de vacances est portée à la case 14 du feuillet T4 comme revenu d'emploi, et quand elle est versée pendant le congé, l'employeur calcule les cotisations « comme [il] le ferait pour le salaire normal ».
Sur un salaire de 65 000 $, passer de 4 % à 6 % ajoute 1 300 $ bruts. Après retenues, il en reste environ 753 $ : exactement le sort d'une augmentation, parce que c'en est une. Le calcul complet de l'indemnité se trouve dans notre article sur l'indemnité de congé annuel.
Ce que l'augmentation a et que la semaine n'a pas
Le congé gagne le calcul immédiat. Il ne gagne pas tout, et il serait malhonnête de s'arrêter là.
- L'augmentation est permanente et elle se cumule. Les hausses des années suivantes s'appliqueront à un salaire plus élevé. Une semaine de vacances, elle, se renégocie de zéro dès que vous changez d'employeur.
- Elle augmente vos gains ouvrant droit à pension, tant que vous restez sous le maximum de 74 600 $ du Régime de rentes du Québec. Autrement dit : une rente un peu plus élevée à la retraite.
- Elle sert de base à la suite — votre prochaine offre d'emploi, une indemnité de départ, une capacité d'emprunt. Personne ne vous demandera jamais combien de semaines de vacances vous aviez.
- Une semaine de congé ne paie pas un loyer. Si votre budget est serré, 724 $ dans le compte valent mieux que du temps libre.
À l'inverse, la semaine a une valeur que le calcul ne voit pas : elle ne se déclare nulle part, elle ne se fait pas rogner, et elle ne disparaît pas si votre employeur gèle les salaires l'année suivante.
Comment trancher, concrètement
- Divisez votre salaire brut par 52. C'est la valeur d'une semaine, et c'est le chiffre à poser sur la table.
- Comparez-la à ce que la même somme laisserait en augmentation. À 65 000 $, c'est 57,9 % ; plus haut, c'est moins.
- Vérifiez vos propres chiffres avec le calculateur du Québec : entrez votre salaire actuel, puis le même salaire majoré de la hausse visée, et comparez les deux nets.
- Si vous avez besoin de liquidités, prenez l'argent même s'il rapporte moins. Un congé ne règle pas une facture.
- Si vous jouez le long terme, l'augmentation reprend l'avantage, parce qu'elle sert de base à toutes les suivantes.
Et rien n'oblige à choisir d'emblée : demander la semaine quand le budget salarial est gelé, puis l'augmentation au cycle suivant, reste la stratégie qui additionne les deux.
Questions fréquentes
Une semaine de vacances de plus est-elle imposable ?
Non, si vous êtes payé à l'année. Votre salaire ne change pas : vous recevez la même somme pour une semaine de travail en moins, donc il n'y a aucun revenu nouveau à imposer. C'est différent si votre paie de vacances est calculée en pourcentage de votre salaire : passer de 4 % à 6 % ajoute alors un revenu d'emploi, imposé comme du salaire et soumis aux cotisations.
Que vaut une semaine de vacances sur un salaire de 65 000 $ ?
Environ 1 250 $ bruts, soit le salaire annuel divisé par les 52 semaines de l'année, ce qui représente à peu près 928 $ net. C'est le montant à comparer à l'augmentation qu'on vous propose à la place.
Combien reste-t-il d'une augmentation de 1 250 $ au Québec ?
Environ 724 $ par année sur un salaire de 65 000 $, soit 57,9 % du montant. Le reste part en impôt fédéral et québécois — autour de 36,1 % au taux marginal à ce niveau de revenu — et en cotisations au Régime de rentes du Québec, à l'assurance-emploi et au RQAP.
Vaut-il mieux demander des vacances ou une augmentation ?
En valeur immédiate, la semaine de vacances l'emporte : elle échappe entièrement aux retenues, alors qu'une augmentation du même montant brut n'en laisse qu'une partie. L'augmentation reprend l'avantage sur le long terme, parce qu'elle est permanente, qu'elle sert de base aux hausses suivantes et qu'elle augmente vos gains ouvrant droit à pension.
Pourquoi l'écart grandit-il quand le salaire monte ?
Parce que le taux marginal augmente avec le revenu. Sur une augmentation équivalant à une semaine de salaire, vous conservez environ 68,3 % à 45 000 $, 57,9 % à 65 000 $ et 54,3 % à 120 000 $. La valeur d'une semaine de congé, elle, n'est jamais rognée par les retenues.
Sources de cet article
- Agence du revenu du Canada — Taux d'impôt fédéral et tranches de revenu, année courante
- Retraite Québec — Travail et cotisations au Régime de rentes du Québec
- Agence du revenu du Canada — Taux de cotisation à l'assurance-emploi et maximums
- Agence du revenu du Canada — Paie de vacances et jours fériés