Avec un salaire à commission, deux mois ne se ressemblent jamais : un mois record, un mois creux, et la même question à chaque paie — combien va-t-il vraiment rester une fois l'impôt passé ? La bonne nouvelle, c'est qu'aux yeux du fisc une commission est un revenu d'emploi ordinaire. Les règles sont donc les mêmes que pour un salaire fixe ; il suffit de savoir où regarder pour estimer son net.

Une commission, c'est un salaire aux yeux de l'impôt

Que vous soyez payé uniquement à la commission ou avec un salaire de base plus des commissions, tout cet argent est un revenu d'emploi. Il s'ajoute à votre revenu de l'année et il est imposé selon les mêmes tranches d'impôt fédéral et provinciales que n'importe quel salaire.

Une précision utile, parce que beaucoup de gens l'imaginent à l'envers : l'impôt est progressif. Autrement dit, votre revenu est découpé en tranches, et chaque tranche a son propre taux. Vos premiers milliers de dollars sont imposés au taux le plus bas, et seuls les dollars qui dépassent un seuil passent au taux supérieur. Une grosse commission ne fait donc jamais « sauter » tout votre revenu dans une tranche plus élevée : elle ne touche que les dollars du haut.

Ce qui est retenu sur vos commissions

Comme sur un salaire ordinaire, votre employeur doit prélever à la source, sur chaque paie de commission, l'impôt, le RRQ et l'AE — et au Québec, le RQAP s'y ajoute. Voici ce que cela donne, par exemple, pour un total de 70 000 $ gagné dans l'année :

Ce qui est retenu Brut annuel 70 000 $
Ce qui est retenu Brut annuel Part du brut
Impôt fédéral −6 253 $ 8,9 %
Impôt provincial −7 175 $ 10,3 %
RRQ −4 190 $ 6,0 %
Assurance-emploi −896 $ 1,3 %
RQAP −301 $ 0,4 %
Total des retenues −18 815 $ 26,9 %
Net annuel 51 185 $ 73,1 %

Quatre prélèvements, quatre logiques différentes :

  • L'impôt sur le revenu (fédéral et québécois) : la plus grosse part, calculée selon vos tranches.
  • Le RRQ (Régime de rentes du Québec) : il finance votre future rente de retraite ; c'est un pourcentage de votre salaire, jusqu'à un plafond annuel.
  • L'AE (assurance-emploi) : elle paie les prestations en cas de perte d'emploi.
  • Le RQAP (Régime québécois d'assurance parentale) : il couvre les congés de maternité, de paternité et parentaux.

Ces trois cotisations s'arrêtent une fois leur plafond atteint : au-delà, seul l'impôt continue de grimper.

Pourquoi une paie de commission peut surprendre

Sur un salaire fixe, l'employeur sait exactement combien retenir : le même montant à chaque paie. Sur une commission, c'est plus délicat. Quand la commission est versée à part ou qu'elle varie beaucoup, l'employeur applique une méthode de retenue dite « des paiements irréguliers » : il calcule comme si vous touchiez ce montant à chaque paie de l'année, ce qui gonfle temporairement le taux appliqué.

Si vous réclamez des dépenses d'emploi (voir plus bas), vous pouvez remettre à votre employeur le formulaire TD1X, sur lequel vous estimez vous-même votre revenu net de commission pour l'année. L'employeur s'en sert alors pour retenir un montant d'impôt plus proche de la réalité, au lieu d'en prélever trop.

Le taux marginal : le vrai coût d'une commission de plus

C'est le point qui déçoit le plus les vendeurs. Quand vous décrochez une commission supplémentaire, elle ne s'ajoute pas à votre net au taux moyen que vous payez sur l'ensemble de votre revenu : elle est imposée à votre taux marginal, c'est-à-dire le taux qui frappe le tout dernier dollar gagné.

À 70 000 $ de revenu au Québec, ce taux marginal tourne autour de 36 % une fois le fédéral et le provincial combinés. Concrètement, sur une commission de 1 000 $ de plus, il vous restera environ 640 $ net. Ce n'est pas une pénalité : cette commission s'empile simplement au sommet de votre revenu, là où le taux est le plus élevé. Nous détaillons ce mécanisme dans notre article sur le taux marginal et le taux moyen.

Déduire vos dépenses de vente

Voici un avantage propre aux employés à commission : vous pouvez parfois déduire les dépenses engagées pour gagner vos commissions — déplacements, repas d'affaires, bureau à domicile. Ces dépenses réduisent votre revenu imposable, donc votre impôt. Pour cela, l'Agence du revenu du Canada pose trois conditions : votre contrat doit vous obliger à payer ces frais vous-même, vous conservez vos reçus, et vous gardez un formulaire T2200 signé par votre employeur. Une limite importante : le total déduit ne peut pas dépasser vos commissions de l'année (sauf certaines dépenses de véhicule).

En pratique : provisionner l'impôt et estimer votre net

Parce que la retenue sur commission colle rarement au montant exact, il n'est pas rare de devoir un solde d'impôt en avril. Si ce solde grimpe, l'ARC peut même vous demander de payer votre impôt d'avance, en quatre acomptes provisionnels : le seuil est de 3 000 $ d'impôt net à payer, ramené à 1 800 $ pour les résidents du Québec, aux dates des 15 mars, 15 juin, 15 septembre et 15 décembre.

La parade tient en trois réflexes :

  1. Estimez votre revenu annuel total (salaire de base plus commissions attendues) et entrez-le dans le calculateur Salarium pour voir votre net, votre mensuel et votre taux marginal.
  2. Gardez vos reçus de dépenses de vente : ils peuvent faire baisser votre impôt.
  3. Mettez de côté une part de chaque commission — souvent 25 à 30 % — dans un compte distinct, pour absorber sans douleur un éventuel solde à payer.

Questions fréquentes

Une commission est-elle imposée plus qu'un salaire ?

Non. Une commission est un revenu d'emploi imposé selon les mêmes tranches que le salaire. Elle peut sembler plus taxée sur une seule paie à cause de la méthode de retenue à la source, mais l'impôt réellement dû se régularise au moment de la déclaration de revenus.

Comment estimer mon revenu net avec un salaire à commission ?

Additionnez votre salaire de base et vos commissions attendues pour l'année, puis entrez ce total annuel dans un calculateur de salaire net. Il applique l'impôt fédéral et québécois ainsi que le RRQ, l'AE et le RQAP pour vous donner une estimation de votre net.

Combien mettre de côté pour l'impôt sur mes commissions ?

Une règle prudente consiste à réserver 25 à 30 % de chaque commission dans un compte distinct. Le pourcentage exact dépend de votre revenu total : à 70 000 $ au Québec, chaque dollar supplémentaire est imposé autour de 36 %.

Puis-je déduire des dépenses si je suis payé à la commission ?

Oui, si votre contrat vous oblige à payer vous-même des frais pour gagner vos commissions. Vous devez conserver un formulaire T2200 signé par votre employeur ainsi que vos reçus. Le total déduit ne peut pas dépasser vos commissions de l'année, sauf certaines dépenses de véhicule.

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