Vous recevez de l'assurance-emploi et on vous offre quelques jours de travail. La première question qui vient est toujours la même : est-ce que ça vaut la peine, ou est-ce que tout sera repris sur la prestation ? Le régime fédéral a une règle précise pour ce cas, et elle est plus favorable qu'on le pense — jusqu'à un certain seuil, après lequel un dollar gagné ne rapporte plus rien. Voici le calcul, semaine par semaine.
D'où part votre prestation
Avant de parler des gains, il faut savoir sur quoi la réduction s'applique. Service Canada part de votre rémunération hebdomadaire assurable moyenne, c'est-à-dire la moyenne de ce que vous gagniez par semaine avant de perdre votre emploi. La prestation régulière correspond à 55 % de cette moyenne.
Ce pourcentage s'arrête à un plafond. Depuis le 1er janvier 2026, le maximum de la rémunération annuelle assurable est de 68 900 $, ce qui donne une prestation maximale de 729 $ par semaine. Avoir gagné davantage avant la mise à pied ne donne donc pas une prestation plus élevée.
Le détail du calcul de départ — les meilleures semaines, le supplément familial — est expliqué dans notre article sur le calcul des prestations d'assurance-emploi.
La règle des 50 cents
Travailler pendant une période de prestations ne fait pas disparaître la prestation : elle la réduit. La règle tient en une phrase — vous conservez 50 cents de vos prestations pour chaque dollar que vous gagnez.
Traduit en termes concrets : chaque dollar gagné coûte 50 cents de prestation. Vous encaissez le dollar et vous perdez la moitié d'un dollar, donc votre revenu de la semaine monte de 50 cents. Travailler rapporte toujours quelque chose, mais la moitié seulement de ce que le salaire affiche.
L'exemple officiel de Service Canada
Jean gagnait 500 $ par semaine. Sa prestation est de 275 $, soit 55 % de 500 $. Il trouve un emploi à temps partiel, trois jours par semaine, qui lui rapporte 300 $ par semaine.
Ses prestations sont réduites de 150 $, la moitié des 300 $ gagnés. Il reçoit donc 125 $ de prestations. Avec son salaire, son revenu de la semaine est de 425 $, au lieu de 275 $ s'il était resté à la maison. Les 300 $ travaillés lui ont rapporté 150 $ de plus.
Le plafond de 90 % : là où ça cesse de payer
La règle des 50 cents ne vaut pas jusqu'à l'infini. Elle s'applique jusqu'à 90 % de votre rémunération hebdomadaire précédente. Au-delà de ce plafond, les prestations sont réduites dollar pour dollar : un dollar gagné enlève un dollar de prestation.
Dans l'exemple de Jean, le plafond est de 450 $, soit 90 % de ses 500 $ de salaire hebdomadaire d'avant. Voici ce que la règle donne à différents niveaux de gains, à partir de ce même exemple.
| Gains de la semaine | Prestation réduite de | Prestation versée | Revenu de la semaine |
|---|---|---|---|
| 0 $ | 0 $ | 275 $ | 275 $ |
| 100 $ | 50 $ | 225 $ | 325 $ |
| 300 $ | 150 $ | 125 $ | 425 $ |
| 450 $ (le plafond) | 225 $ | 50 $ | 500 $ |
| 500 $ | 275 $ | 0 $ | 500 $ |
Lisez la dernière colonne de haut en bas : elle monte de 275 $ à 500 $, puis elle arrête. Entre 450 $ et 500 $ de gains, le revenu total ne bouge plus, parce que chaque dollar gagné au-dessus du plafond remplace exactement un dollar de prestation. Une fois la prestation tombée à zéro, les dollars suivants reviennent de nouveau en entier.
La semaine complète de travail
Il existe un cas où la règle des 50 cents ne joue pas du tout. Vous n'êtes pas admissible aux prestations si vous travaillez une semaine complète, peu importe le montant que vous gagnez. Ce n'est plus une réduction, c'est une semaine sans prestation.
Cette semaine-là n'est pas perdue pour autant : le nombre total de semaines payables de votre demande n'est pas réduit.
Déclarer ses gains sans se tromper de semaine
Pendant que vous recevez des prestations, vous devez soumettre des déclarations toutes les 2 semaines. Si vous travaillez ou gagnez de l'argent, vous devez l'indiquer dans votre déclaration, que vous travailliez pour quelqu'un d'autre ou à votre compte.
C'est le moment de la déclaration qui piège le plus de monde. Il faut déclarer vos revenus de travail et vos heures pour chaque semaine travaillée, dans la semaine où le travail est survenu. Autrement dit, c'est la semaine de travail qui compte, pas la date du dépôt de paie : un chèque reçu deux semaines plus tard se rattache quand même à la semaine où les heures ont été faites. Et c'est le montant avant retenues, le brut, qu'il faut inscrire.
Ce qui reste après l'impôt et les retenues
Tous les montants ci-dessus sont des montants bruts. Deux prélèvements viennent ensuite, et ils touchent les deux sources de revenu.
Du côté de la prestation : les paiements d'assurance-emploi sont un revenu imposable, et l'impôt fédéral ainsi que l'impôt provincial sont déduits de vos paiements.
Du côté du salaire : votre paie à temps partiel subit les retenues habituelles au Québec, soit l'impôt, le RRQ, le RQAP et la cotisation à l'assurance-emploi. Pour cette dernière, le taux du salarié au Québec est de 1,30 % en 2026, contre 1,63 % ailleurs au Canada, jusqu'à une cotisation maximale de 895,70 $ pour l'année. Oui, vous cotisez à l'assurance-emploi sur un salaire gagné pendant que vous en recevez.
Pour savoir ce qu'une paie donne vraiment une fois ces retenues faites, entrez le brut dans le calculateur de salaire net du Québec.
En pratique, avant d'accepter des heures
Trois réflexes suffisent à savoir où vous vous situez.
- Calculez votre plafond. Prenez votre ancienne paie hebdomadaire et multipliez-la par 0,9. En dessous de ce montant, chaque dollar gagné vous en laisse un demi. Au-dessus, il ne vous laisse rien de plus.
- Raisonnez par semaine, pas par mois. La réduction se calcule semaine par semaine. Quatre jours concentrés dans une seule semaine n'ont pas le même effet que les mêmes quatre jours étalés sur deux semaines, et une semaine complète annule la prestation de cette semaine-là.
- Déclarez tout, dans la bonne semaine. Une rémunération non déclarée, ou déclarée au mauvais moment, crée un trop-payé à rembourser plus tard.
Si vos heures se stabilisent et que le travail à temps partiel devient votre revenu principal, le calcul change de nature : il ne s'agit plus de prestations réduites mais d'une paie ordinaire, que notre article sur le salaire à temps partiel au Québec détaille semaine par semaine.
Questions fréquentes
Est-ce que je perds mes prestations si je travaille pendant l'assurance-emploi ?
Non. Vos prestations sont réduites, pas supprimées. Vous conservez 50 cents de prestations pour chaque dollar gagné, jusqu'à concurrence de 90 % de votre rémunération hebdomadaire précédente. Au-delà de ce plafond, les prestations sont réduites dollar pour dollar. La seule exception est la semaine complète de travail : elle ne donne droit à aucune prestation, peu importe le montant gagné.
Combien me reste-t-il si je gagne 300 $ dans une semaine ?
Avec une prestation hebdomadaire de 275 $, comme dans l'exemple de Service Canada, des gains de 300 $ réduisent la prestation de 150 $. Vous recevez donc 125 $ de prestations, et votre revenu brut de la semaine est de 425 $ au lieu de 275 $ sans travailler. La réduction reste la moitié des gains tant que ceux-ci demeurent sous 90 % de votre ancienne paie hebdomadaire.
C'est quoi le plafond de 90 % de l'assurance-emploi ?
C'est 90 % de votre rémunération hebdomadaire précédente, celle qui a servi à établir votre prestation. Tant que vos gains de la semaine restent en dessous, la règle des 50 cents s'applique. Au-dessus, chaque dollar gagné enlève un dollar complet de prestation. Pour une ancienne paie de 500 $ par semaine, le plafond est de 450 $.
Dois-je déclarer un travail de quelques heures à l'assurance-emploi ?
Oui. Vous devez soumettre une déclaration toutes les 2 semaines et y indiquer tout travail et toute rémunération, que vous travailliez pour quelqu'un d'autre ou à votre compte. La rémunération se déclare dans la semaine où le travail est survenu, et non dans celle où la paie est versée, et pour son montant brut, avant retenues.
Les prestations d'assurance-emploi sont-elles imposables ?
Oui. Les paiements d'assurance-emploi sont un revenu imposable : l'impôt fédéral et l'impôt provincial sont déduits de vos paiements. Le salaire gagné en parallèle subit de son côté les retenues habituelles d'une paie québécoise, soit l'impôt, le RRQ, le RQAP et la cotisation à l'assurance-emploi, dont le taux du salarié est de 1,30 % au Québec en 2026.