Perdre son emploi s'accompagne souvent d'un chèque : une indemnité de départ. Mais entre le montant écrit sur la lettre et ce qui atterrit dans votre compte, l'impôt passe par là — et pas tout à fait comme sur une paie ordinaire. Voici, en clair, ce qu'il vous en restera vraiment au Québec.
Aux yeux du fisc, c'est une « allocation de retraite »
Le terme surprend, mais c'est le mot officiel. Une allocation de retraite désigne, selon l'Agence du revenu du Canada, une somme versée à un employé lors de la perte de son emploi ou en reconnaissance de ses années de service. Votre indemnité de licenciement en fait partie, tout comme le paiement des congés de maladie non utilisés que vous touchez en partant.
Première conséquence, simple mais lourde : cette somme est entièrement imposable dans l'année où vous la recevez. Elle vient s'ajouter à vos autres revenus de l'année.
Bonne nouvelle : ni RRQ, ni assurance-emploi
Sur un salaire normal, votre employeur prélève trois cotisations : le RRQ (Régime de rentes du Québec, qui finance votre future rente de retraite), l'assurance-emploi (AE) et le RQAP (Régime québécois d'assurance parentale). Sur une indemnité de départ, aucune des trois.
L'Agence du revenu du Canada est explicite : sur une allocation de retraite, l'employeur ne retient ni cotisation au régime de pensions, ni cotisation d'assurance-emploi. Le RQAP suit la même logique — il se prélève sur le salaire, et une indemnité de départ n'est pas un salaire.
L'écart n'est pas anecdotique : sur une paie ordinaire, ces trois cotisations représentent près de 8 % du brut jusqu'aux plafonds. Ici, elles ne s'appliquent pas. Ce qu'il reste à régler, c'est l'impôt.
Ce que retient l'employeur n'est qu'une avance
L'employeur prélève quand même de l'impôt à la source, mais à des taux fixes, dits « forfaitaires ». Pour un résident du Québec, la part fédérale suit ce barème, selon le montant total de l'indemnité :
| Montant de l'indemnité | Retenue fédérale (résident du Québec) |
|---|---|
| 5 000 $ ou moins | 5 % |
| De 5 001 $ à 15 000 $ | 10 % |
| Plus de 15 000 $ | 15 % |
Ces taux sont ceux que l'ARC publie pour les allocations de retraite. Ailleurs au Canada, ils sont deux fois plus élevés (10 %, 20 %, 30 %) : le Québec applique une part fédérale réduite parce qu'il perçoit lui-même sa propre retenue provinciale, qui s'ajoute par-dessus.
Retenez surtout une chose : ce prélèvement est une avance, pas le montant final de votre impôt.
Le vrai impôt se calcule à votre taux marginal
Au moment de votre déclaration, l'indemnité s'additionne à vos autres revenus de l'année, et le tout est imposé par tranches. Le taux qui compte alors est votre taux marginal : celui qui frappe le dernier dollar gagné, donc chaque dollar d'indemnité qui vient s'empiler par-dessus votre salaire.
Au Québec, ce taux marginal additionne l'impôt fédéral et l'impôt provincial (le fédéral étant réduit d'un abattement de 16,5 %, une ristourne propre au Québec). Il grimpe vite : à partir du barème fédéral 2026 combiné aux tranches québécoises, il tourne autour de 36 % pour un revenu situé entre 58 500 $ et 108 700 $, et atteint près de 53 % pour la tranche la plus élevée.
C'est là qu'est la surprise. Si votre employeur a retenu 15 % au fédéral et que votre taux marginal réel est de 36 %, l'écart, vous le réglerez à la déclaration. À l'inverse, si vos revenus de l'année sont faibles, vous pourriez en récupérer une partie. Pour bien distinguer les deux notions, consultez notre article sur le taux marginal et le taux moyen.
Réduire la facture : le transfert dans un REER
La façon la plus efficace de reporter l'impôt, c'est de verser l'indemnité dans un REER plutôt que de l'encaisser.
Deux cas se présentent. Une partie peut parfois être transférée directement, sans aucune retenue d'impôt : c'est la partie « admissible », qui vaut 2 000 $ par année de service avant 1996, plus 1 500 $ par année avant 1989 pour laquelle vous n'aviez pas de droits acquis à un régime de pension. Soyez lucide : si vous avez commencé à travailler après 1995, cette partie admissible est nulle — elle ne concerne que les longues carrières.
Pour le reste — la partie « non admissible » — aucun régime spécial, mais si vous avez des droits de cotisation REER inutilisés, y verser votre indemnité réduit d'autant votre revenu imposable de l'année. L'impôt n'est pas effacé, il est reporté à un retrait futur, souvent à un taux plus bas.
Questions fréquentes
Une indemnité de départ est-elle imposable au Québec ?
Oui. Aux fins de l'impôt, une indemnité de départ est une « allocation de retraite » : elle est entièrement imposable dans l'année où vous la recevez et s'ajoute à vos autres revenus de l'année.
Paie-t-on le RRQ, l'assurance-emploi et le RQAP sur une indemnité de départ ?
Non. L'Agence du revenu du Canada indique que l'employeur ne retient ni cotisation au régime de pensions ni cotisation d'assurance-emploi sur une allocation de retraite. Le RQAP suit la même logique, car il se prélève sur le salaire et une indemnité de départ n'est pas un salaire.
Combien d'impôt l'employeur retient-il sur une indemnité de départ ?
Pour un résident du Québec, la part fédérale est de 5 % jusqu'à 5 000 $, 10 % de 5 001 $ à 15 000 $, et 15 % au-delà de 15 000 $. Le Québec ajoute sa propre retenue provinciale. Cette retenue n'est qu'une avance, pas l'impôt final.
Pourquoi puis-je devoir de l'impôt en plus à ma déclaration ?
Parce que la retenue à la source se fait à des taux fixes, alors que l'impôt réel se calcule à votre taux marginal sur l'ensemble de vos revenus de l'année. Si votre taux marginal dépasse le taux retenu, vous réglez la différence à la déclaration ; s'il est plus bas, vous pouvez récupérer une partie.
Comment réduire l'impôt sur une indemnité de départ ?
En versant la somme dans un REER. La partie « admissible » (2 000 $ par année de service avant 1996, plus 1 500 $ par année avant 1989 sans droits acquis à un régime de pension) se transfère directement sans retenue. Le reste peut aussi aller dans un REER si vous disposez de droits de cotisation inutilisés, ce qui reporte l'impôt.