Quand vous êtes salarié, votre employeur retient l'impôt sur chaque paie et le remet au gouvernement à votre place. Le travailleur autonome, lui, n'a personne pour faire ce prélèvement : il touche la totalité de ses honoraires et doit gérer l'impôt lui-même. C'est là qu'entrent en jeu les acomptes provisionnels — des versements d'impôt étalés sur l'année plutôt qu'une seule grosse facture au printemps. Voici qui doit en payer, à quelles dates, et surtout combien mettre de côté.

Qu'est-ce qu'un acompte provisionnel ?

Un acompte provisionnel est un paiement d'impôt que vous faites d'avance, en cours d'année, sur un revenu qui n'a pas encore été imposé. Le mot « provisionnel » signifie simplement « en attendant » : vous payez au fur et à mesure, et le décompte final se fait au moment de produire votre déclaration.

Le système existe parce que le fisc préfère ne pas attendre un an son argent. Un salarié paie son impôt à chaque paie, sans même y penser. Le travailleur autonome, lui, encaisse ses honoraires en entier : s'il ne réservait rien, il se retrouverait devant une facture de plusieurs milliers de dollars d'un seul coup. Les acomptes répartissent cette facture sur l'année.

Devez-vous en payer ? Le seuil de 3 000 $

Tout le monde n'est pas concerné. La règle de l'Agence du revenu du Canada (ARC) est simple : vous devez verser des acomptes si votre impôt net à payer dépasse 3 000 $ pour l'année en cours et pour l'une des deux années précédentes (2025 ou 2024).

L'« impôt net à payer », c'est ce qu'il vous reste à régler une fois soustrait l'impôt déjà retenu à la source. Un travailleur autonome, qui n'a justement aucune retenue à la source, franchit donc ce seuil rapidement.

Un point important pour le Québec : le seuil y est plus bas. Comme Revenu Québec perçoit l'impôt provincial de son côté, l'ARC abaisse son seuil à 1 800 $ pour un résident du Québec. En pratique, beaucoup de travailleurs autonomes québécois versent des acomptes aux deux administrations — l'ARC pour l'impôt fédéral, Revenu Québec pour l'impôt provincial.

Quatre dates dans l'année

Les acomptes ne se paient pas au hasard : ils tombent à quatre dates fixes, une par trimestre.

Versement Date
Premier 15 mars
Deuxième 15 juin
Troisième 15 septembre
Quatrième 15 décembre

Les agriculteurs et les pêcheurs font exception : ils n'ont qu'un seul versement, le 31 décembre. L'ARC vous envoie un avis lorsqu'elle estime que vous devez payer des acomptes, mais c'est à vous de juger si vous dépassez réellement le seuil pour l'année.

Combien faut-il mettre de côté ?

C'est la vraie question, et il y a deux façons de la regarder.

La plus simple : payez le montant que l'ARC et Revenu Québec vous indiquent. Avec la méthode « sans calcul » (voir plus bas), les administrations calculent elles-mêmes vos acomptes à partir de votre impôt des années passées et vous envoient le chiffre exact. Vous n'avez qu'à le régler aux dates prévues.

Si vous préférez estimer vous-même : réservez, à chaque rentrée d'argent, une part correspondant à votre taux d'imposition moyen. Le taux moyen, c'est la part réelle de votre revenu qui part en impôt une fois tout calculé — à ne pas confondre avec le taux marginal, qui ne s'applique qu'à votre dernier dollar gagné.

Une illustration en chiffres ronds aide à visualiser. Supposons que vous prévoyez devoir 6 000 $ d'impôt pour l'année. Réparti en quatre, cela fait 1 500 $ par acompte, soit environ 500 $ à réserver chaque mois. Mettre cet argent de côté dès qu'il entre évite la mauvaise surprise du printemps.

Pour avoir une idée du taux qui s'applique à votre niveau de revenu, le calculateur de salaire net de Salarium donne un ordre de grandeur rapide. Gardez en tête qu'il estime la situation d'un salarié : un travailleur autonome cotise en plus lui-même au RRQ sur son revenu d'entreprise, ce qui alourdit un peu sa facture.

Comment le montant est calculé

Si vous ne voulez pas payer au jugé, l'ARC propose trois méthodes de calcul, et vous êtes libre de retenir la plus avantageuse.

  • La méthode sans calcul : l'ARC fait le calcul pour vous et vous envoie le montant à payer. Idéale si vos revenus, déductions et crédits restent stables d'une année à l'autre.
  • La méthode de l'année précédente : vos acomptes reposent sur votre impôt de l'an dernier. Utile quand l'année en cours ressemble à la précédente, mais diffère nettement de celle d'avant.
  • La méthode de l'année courante : vous estimez vous-même l'impôt de l'année en cours. C'est la bonne option si vos revenus vont beaucoup changer — par exemple une première grosse année à votre compte.

L'avantage de la méthode sans calcul : en payant exactement ce que l'ARC réclame, aux bonnes dates, vous êtes certain de ne pas être en défaut, même si votre impôt final finit plus élevé que prévu.

Éviter les intérêts et les pénalités

Négliger ses acomptes coûte cher. Payé en retard, ou moins que le montant dû, l'ARC et Revenu Québec facturent des intérêts — et, dans certains cas, une pénalité qui s'ajoute par-dessus. Ces intérêts ne sont pas déductibles : c'est de l'argent perdu pour rien.

Trois réflexes suffisent à rester tranquille :

  • Ouvrez le courrier du fisc. L'avis d'acompte indique le montant exact et les dates à respecter.
  • Réservez l'argent au fur et à mesure. Un compte séparé, où vous virez une part de chaque paiement reçu, vous évite d'y toucher.
  • Payez à échéance, même une estimation. Verser quelque chose aux quatre dates vaut toujours mieux que ne rien verser.

Dernier repère à garder en tête : le travailleur autonome a jusqu'au 15 juin pour produire sa déclaration, mais tout solde d'impôt reste dû le 30 avril. Des acomptes bien gérés font justement que ce solde est petit — voire nul.

Sources

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