Deux personnes peuvent gagner exactement le même montant et en garder des parts très différentes. Un salarié et un travailleur autonome qui encaissent chacun 60 000 $ affrontent les mêmes tranches d'imposition, mais l'argent leur parvient par une tuyauterie très différente. L'écart tient à trois choses : qui verse au Régime de pensions du Canada, si l'assurance-emploi s'applique seulement, et à quel moment la facture d'impôt tombe vraiment. Voici ce qui change quand on passe d'un talon de paie à une facture.

La règle unique derrière tout le reste : plus d'employeur pour partager l'addition

Quand vous êtes sur une liste de paie, votre employeur verse discrètement une large part de vos cotisations publiques à côté de vous. Pour le Régime de pensions du Canada (RPC) — le régime public de retraite auquel cotise presque tout travailleur canadien — votre employeur double votre cotisation dollar pour dollar. Pour l'assurance-emploi (AE), il paie même davantage que vous.

Quand vous êtes à votre compte, ce second portefeuille disparaît. Vous êtes l'employeur, donc vous assumez les deux moitiés vous-même. Ce seul fait explique la plupart des différences ci-dessous. C'est aussi pourquoi un tarif de pigiste ou de contractuel doit généralement être plus élevé qu'un salaire pour arriver au même point : le client ne verse pas la part employeur à votre place.

RPC : vous payez les deux moitiés

C'est le changement le plus important et le plus concret. En 2026, le RPC de base fonctionne ainsi :

  • Les 3 500 premiers dollars de gains sont exemptés (c'est l'exemption de base — un plancher qui n'est pas compté).
  • Les gains entre 3 500 $ et 74 600 $ — le plafond, appelé maximum des gains ouvrant droit à pension — ouvrent droit à pension.
  • Un salarié verse 5,95 % de ce montant cotisable, jusqu'à 4 230,45 $ pour l'année. L'employeur verse les mêmes 5,95 % à nouveau.
  • Un travailleur autonome verse les deux parts — 11,9 % — jusqu'à 8 460,90 $ pour l'année.

Il existe aussi un second palier, appelé RPC2, sur les gains entre 74 600 $ et 85 000 $ : 4 % pour un salarié (doublé par l'employeur) et 8 % pour un autonome. Il ne joue qu'une fois dépassé le plafond de 74 600 $.

Voici ce que donne le palier de base sur un revenu rond de 60 000 $, qui se situe sous ce plafond :

RPC de base sur 60 000 $ Taux Cotisation
Salarié 5,95 % 3 361,75 $
Employeur (versé pour vous) 5,95 % 3 361,75 $
Travailleur autonome (les deux moitiés) 11,9 % 6 723,50 $

Le montant cotisable est ici de 60 000 $ − 3 500 $ = 56 500 $. Le travailleur autonome verse la totalité des 6 723,50 $ sur ses propres revenus — 3 361,75 $ de plus qu'un salarié ne voit jamais, puisque son employeur les a assumés.

La déduction qui amortit le coup

Le régime fiscal ne fait pas comme si de rien n'était. Parce que vous avez versé vous-même la moitié « employeur », l'ARC vous laisse déduire cette moitié de votre revenu imposable à la ligne 22200 de votre déclaration. L'autre moitié vous donne toujours un crédit d'impôt, exactement comme pour un salarié. Sur ces 3 361,75 $ supplémentaires, vous abaissez donc le revenu que l'État impose — vous ne récupérez pas l'argent, mais vous n'êtes pas imposé dessus non plus. Cela amortit le choc ; cela ne l'efface pas.

AE : facultative, et sa couverture est limitée

Les salariés versent automatiquement l'assurance-emploi — c'est la cotisation qui finance les prestations en cas de perte d'emploi. En 2026, le taux du salarié est de 1,63 $ par tranche de 100 $ de gains assurables hors Québec (un maximum de 1 123,07 $ pour l'année), et l'employeur verse en plus 1,4 fois ce montant.

Les travailleurs autonomes, eux, sont dans une autre situation : l'AE n'est pas prélevée du tout par défaut. Vous pouvez y adhérer par Service Canada, avec deux limites importantes :

  • L'adhésion n'achète que les prestations spéciales — maternité, parentales, maladie, compassion et proche aidant. Elle ne couvre pas les prestations régulières si votre entreprise ralentit ou se tarit simplement.
  • Vous devez adhérer au moins 12 mois avant de pouvoir déposer une demande : ce n'est donc pas une décision qui se prend une fois l'ennui arrivé.

Si vous adhérez, la cotisation est celle du salarié — 1,63 $ par 100 $ hors Québec, ou 1,30 $ par 100 $ au Québec. Si vous n'adhérez pas, vous gardez cet argent, mais vous n'avez aucun filet de l'AE.

Impôt sur le revenu : mêmes tranches, calendrier différent

Une chose qui ne change pas, c'est le barème d'imposition. Les tranches fédérales et provinciales s'appliquent à votre revenu, qu'il arrive en salaire ou en profit d'entreprise. Un travailleur autonome dégageant 60 000 $ de profit imposable subit le même taux marginal — le taux sur le prochain dollar gagné — qu'un salarié à 60 000 $. Il n'existe pas de table d'impôt distincte et plus sévère pour les autonomes.

Ce qui change, c'est comment et quand vous payez, et ce qui compte comme revenu au départ :

  • Aucune retenue à la source. Un salarié voit l'impôt prélevé sur chaque paie. Un autonome encaisse la facture entière et doit mettre de l'argent de côté. Si vous devez assez, l'ARC vous demande de payer par acomptes provisionnels trimestriels (habituellement mi-mars, juin, septembre et décembre) plutôt qu'en un seul versement à la déclaration.
  • Vous êtes imposé sur le profit, pas sur le chiffre d'affaires. Les dépenses d'entreprise légitimes — outils, quote-part d'un bureau à domicile, fournitures, honoraires professionnels — se retranchent avant le calcul de l'impôt. Un salarié est imposé sur son brut, avec bien moins de marge pour déduire.
  • Les taxes de vente peuvent entrer en jeu. Dès que le chiffre d'affaires de votre entreprise dépasse 30 000 $ sur quatre trimestres civils consécutifs, vous devez généralement vous inscrire et facturer la TPS/TVH. Cet argent n'est pas le vôtre — vous le percevez et le remettez — mais c'est une déclaration de plus qu'un salarié ne connaît jamais.

Le comparatif côte à côte

En regroupant les cotisations sur un revenu rond de 60 000 $ (hors Québec, impôt sur le revenu mis de côté puisque les tranches sont identiques) :

Sur 60 000 $ Salarié Autonome (sans adhésion à l'AE)
RPC 3 361,75 $ (5,95 %) 6 723,50 $ (11,9 %)
AE 978,00 $ (1,63 %) 0,00 $
Total des cotisations obligatoires 4 339,75 $ 6 723,50 $

Le travailleur autonome verse environ 2 384 $ de plus dans ces deux programmes à revenu égal — un écart entièrement dû au RPC doublé, en partie compensé par la déduction décrite plus haut et par la cotisation d'AE économisée. L'échange est réel : plus de sorties de poche maintenant, une pension du RPC plus forte plus tard, mais un filet d'assurance plus mince entre les deux.

Ce que cela veut dire pour votre salaire net

  • Budgétez la part employeur. Si vous passez d'un salaire au travail autonome à revenu affiché égal, attendez-vous à verser une seconde fois l'équivalent de la cotisation salariale au RPC. Sur 60 000 $, cela fait environ 3 360 $ que vous assumez désormais.
  • Mettez l'impôt de côté au fil de l'eau. Rien n'étant retenu, une règle courante consiste à parquer une part de chaque encaissement dans un compte distinct pour le RPC et l'impôt, puis à traiter les acomptes trimestriels sereinement plutôt que dans l'urgence de la déclaration.
  • Pesez l'adhésion à l'AE délibérément. Elle vaut surtout si vous prévoyez un congé parental ou si vous encourez des risques de santé ; elle ne fait rien contre un simple ralentissement d'activité.
  • Tarifez votre travail en conséquence. Un tarif contractuel égal à un salaire vous laisse perdant, parce que vous absorbez désormais des coûts qu'un employeur portait — l'arithmétique derrière votre vrai taux horaire de travailleur autonome rend l'écart concret.

Au Québec, la mécanique est la même, avec des noms locaux : le Régime de rentes du Québec (RRQ) remplace le RPC et suit la même règle du « paie les deux moitiés » pour les autonomes, et le Régime québécois d'assurance parentale (RQAP) s'ajoute à côté de l'AE. Pour voir le versant salarié du calcul sur un revenu québécois — la répartition exacte entre RRQ, AE et impôt sur un salaire donné — le calculateur Salarium en donne le détail ligne par ligne, une base utile avant d'y superposer les ajustements du travail autonome.

Sources

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