Livrer des repas pour DoorDash, conduire pour Uber, décrocher des contrats en freelance : cet argent tombe dans votre compte sans qu'un sou d'impôt n'ait été retenu. Pour l'Agence du revenu du Canada (ARC) et pour Revenu Québec, ce sont pourtant des revenus de travail autonome, imposés comme tels. Voici, en langage clair, ce que le Québec attend de vous.
Un revenu de travail autonome, pas un salaire
Quand un employeur vous verse un salaire, il retient d'avance l'impôt et les cotisations : l'argent que vous recevez est déjà « net ». Les revenus de plateforme fonctionnent à l'envers. Vous êtes un travailleur autonome — autrement dit votre propre patron aux yeux du fisc — et personne ne prélève quoi que ce soit avant de vous payer. L'ARC est claire : dans l'économie à la demande, les travailleurs sont des entrepreneurs indépendants et des pigistes, qui doivent déclarer et payer de l'impôt sur la totalité de leurs revenus de travail autonome. Chaque dollar gagné sur Uber, DoorDash ou en contrat freelance s'ajoute donc à votre revenu imposable, à la ligne 26000 de votre déclaration. Un détail que beaucoup ignorent : les plateformes transmettent désormais elles-mêmes vos gains à l'ARC. Ne pas déclarer n'est donc plus une omission discrète — c'est un écart que le fisc voit.
Personne ne retient l'impôt à votre place — mettez-en de côté
C'est le piège numéro un du travail de plateforme. Comme aucun impôt n'est prélevé sur ce que vous encaissez, la totalité vous semble disponible… jusqu'à ce que la facture arrive au printemps. La règle de survie tient en une phrase : réservez une part de chaque paiement dès qu'il rentre, sur un compte à part.
Il y a une raison de plus d'être prudent. Un salarié partage ses cotisations au Régime de rentes du Québec (le RRQ, le régime public de retraite) avec son employeur : chacun en paie la moitié. Le travailleur autonome, lui, est à la fois l'employé et l'employeur — il verse donc les deux parts, soit le double d'un salarié au même revenu. En contrepartie, il ne cotise pas à l'assurance-emploi, à moins d'y adhérer volontairement. Le montant à prévoir n'est donc pas qu'une affaire d'impôt : les cotisations sociales pèsent aussi.
Pour situer l'impôt sur le revenu qu'un montant donné représente au Québec — avant vos déductions et vos cotisations particulières —, l'outil de Salarium en montre les tranches sur un revenu précis.
Vous déclarez le revenu, mais vous déduisez vos dépenses
En échange de ces obligations, une bonne nouvelle : un travailleur autonome ne paie pas d'impôt sur tout ce qu'il encaisse, mais seulement sur son profit. Vous déclarez vos revenus, puis vous en soustrayez les dépenses engagées pour les gagner. Pour un chauffeur ou un livreur, cela peut comprendre :
- l'essence et l'entretien du véhicule, ou une part de ses frais ;
- le forfait de téléphone utilisé pour l'application ;
- la commission prélevée par la plateforme ;
- les fournitures directement liées au travail.
C'est ce résultat — revenus moins dépenses — que vous inscrivez sur le formulaire T2125, l'état des résultats des activités d'une entreprise, joint à votre déclaration. Une seule condition, mais elle est ferme : conservez vos reçus. Sans pièce justificative, une dépense déduite ne tient pas devant l'ARC. Pour voir ce que ce statut change par rapport à un emploi salarié, lisez notre comparaison travailleur autonome ou salarié.
TPS et TVH : la règle des 30 000 $
Faut-il facturer des taxes de vente à vos clients ? Tout dépend d'un seuil. La TPS (taxe sur les produits et services) et la TVH (taxe de vente harmonisée) sont les taxes fédérales que les entreprises perçoivent pour le compte de l'État. L'ARC prévoit que, tant que vos revenus taxables ne dépassent pas 30 000 $ sur quatre trimestres civils consécutifs, vous êtes un « petit fournisseur » : vous n'avez ni à vous inscrire, ni à facturer, ni à remettre ces taxes. Dès que vous franchissez ce seuil, l'inscription devient obligatoire et vous commencez à percevoir la taxe sur vos ventes.
Deux nuances propres à la situation québécoise. D'abord, certaines activités — comme le transport rémunéré de personnes — obéissent à des règles particulières : vérifiez votre cas plutôt que de présumer que le seuil s'applique. Ensuite, le Québec ajoute sa propre taxe, la TVQ (taxe de vente du Québec), administrée par Revenu Québec en parallèle de la TPS.
Acomptes provisionnels : payer l'impôt en quatre fois
Quand votre revenu autonome grossit, l'ARC ne veut plus attendre la fin de l'année pour être payée. Elle demande alors des acomptes provisionnels : des versements d'impôt étalés dans l'année, un peu comme les retenues qu'un employeur ferait à votre place. Vous devez en verser si votre impôt net à payer dépasse 3 000 $ — 1 800 $ pour un résident du Québec — pour l'année en cours et une année récente. Les versements tombent quatre fois par an, à dates fixes :
| Versement | Date limite |
|---|---|
| Premier | 15 mars |
| Deuxième | 15 juin |
| Troisième | 15 septembre |
| Quatrième | 15 décembre |
Sous ce seuil, un seul paiement au moment de produire votre déclaration suffit. Notre article sur les acomptes provisionnels du travailleur autonome explique comment estimer le montant à mettre de côté.
Les bons réflexes du travailleur de plateforme
Le travail de plateforme offre de la souplesse, mais il vous confie tout ce qu'un employeur gérait à votre place : mettre l'impôt de côté, cotiser, tenir vos comptes. Une habitude simple — réserver une part fixe de chaque revenu et noter chaque dépense — suffit à éviter la mauvaise surprise. Et pour savoir ce qu'un contrat rapporte vraiment une fois ces coûts déduits, voyez comment calculer votre vrai taux horaire.
Questions fréquentes
Dois-je déclarer mes revenus Uber ou DoorDash au Québec ?
Oui. Les revenus gagnés sur Uber, DoorDash ou en freelance sont des revenus de travail autonome. Vous devez les déclarer en totalité dans votre déclaration de revenus, à la ligne 26000, et remplir le formulaire T2125. Comme aucun impôt n'a été retenu d'avance, l'impôt correspondant reste à payer.
Combien devrais-je mettre de côté pour l'impôt ?
Il n'existe pas de pourcentage unique : cela dépend de votre revenu total et de vos autres sources. La prudence consiste à réserver une part de chaque paiement dès qu'il rentre. Pensez aussi qu'un travailleur autonome verse les deux parts de la cotisation au RRQ, soit le double d'un salarié.
Dois-je facturer la TPS et la TVH ?
Seulement si vos revenus taxables dépassent 30 000 $ sur quatre trimestres civils consécutifs. En dessous, vous êtes un « petit fournisseur » et n'avez pas à les facturer. Certaines activités, comme le transport rémunéré de personnes, suivent des règles particulières : vérifiez votre cas.
Qu'est-ce qu'un acompte provisionnel ?
C'est un versement d'impôt étalé dans l'année, exigé lorsque votre impôt net à payer dépasse 3 000 $ (1 800 $ au Québec) pour l'année en cours et une année récente. Les échéances sont le 15 mars, le 15 juin, le 15 septembre et le 15 décembre.