Un travailleur autonome qui facture 60 $ l'heure au Québec gagne souvent moins par heure réellement travaillée qu'un salarié à 35 $ l'heure. La différence se cache dans tout ce que vous ne facturez jamais, et dans les cotisations qu'un employeur assumait autrefois pour vous.

Les heures invisibles

Pour chaque heure facturée, la plupart des indépendants consacrent du temps réel à la prospection, aux soumissions, à la facturation, à la comptabilité et au soutien aux clients. Un schéma courant est un taux d'occupation facturable de 60 à 70 % au mieux : une semaine de 40 heures donne 24 à 28 heures facturables. Vos 60 $ sont déjà devenus 36 à 42 $ par heure réellement travaillée, avant le moindre dollar d'impôt.

Les coûts qu'un salarié ne voit jamais

  • Le RRQ doublé. Vous êtes à la fois le salarié et l'employeur, vous payez donc les deux moitiés : 12,60 % sur les gains nets entre 3 500 $ et 74 600 $, puis 8 % jusqu'à 85 000 $. Un salarié verse 6,30 % et ne voit jamais l'autre moitié.
  • Aucune assurance-emploi par défaut — ce qui coupe dans les deux sens. Vous gardez la cotisation, mais vous n'avez aucune couverture à moins d'adhérer, et l'adhésion n'achète que des prestations spéciales comme le congé parental ou la maladie.
  • Aucune vacance payée. Un salarié accumule 4 % de son salaire brut, ou 6 % après trois ans de service continu. Vous n'accumulez rien : vacances, congés de maladie et jours fériés ne sont pas facturés, par définition. Prévoyez 5 à 7 semaines de revenu nul.
  • Aucune assurance collective, aucune cotisation patronale à un régime de retraite. Les deux sortent entièrement de vos propres revenus.
  • Des taxes de vente à percevoir et à remettre. Dès que le chiffre d'affaires dépasse 30 000 $ sur quatre trimestres civils consécutifs, vous devez vous inscrire et facturer la TPS et la TVQ. Cet argent n'est jamais le vôtre — mais la déclaration est une tâche non facturée de plus.
  • Matériel, logiciels, espace de travail, assurance responsabilité. Des centaines de dollars par mois dans bien des métiers.

Calculez votre vrai taux en trois étapes

  1. Heures facturables réalistes par an : semaines réellement travaillées × heures facturables par semaine. Par exemple, 46 semaines × 25 h = 1 150 h.
  2. Revenu net visé + tous les coûts d'entreprise + cotisations et impôt = le chiffre d'affaires brut dont vous avez besoin.
  3. Divisez. Chiffre d'affaires requis ÷ heures facturables = votre taux plancher. Tout ce qui passe en dessous est une subvention à vos clients.

C'est à la deuxième étape que la plupart des gens sous-estiment. Rappelez-vous que l'impôt sur le revenu s'applique à votre profit selon les mêmes tranches que le salaire d'un employé — il n'existe pas de table plus douce pour les autonomes — et que le RRQ doublé s'y ajoute. Ce qui amortit le choc, c'est que vous pouvez déduire les dépenses d'entreprise légitimes avant impôt, et déduire du revenu imposable la moitié patronale du RRQ.

Le test de réalité face au salariat

Convertissez votre revenu visé avec le calculateur Salarium pour voir ce qu'un salarié québécois toucherait net sur le salaire équivalent. En règle générale, un taux d'autonome soutenable vaut 1,5 à 2 fois l'équivalent horaire salarié pour le même poste. Facturer 60 $ l'heure pour finir là où un emploi à 45 000 $ vous laisse n'est pas une prime — c'est la parité, avec le risque supplémentaire offert par-dessus le marché.

Pour la comparaison complète des deux statuts — cotisations, calendrier de l'impôt, ce qui compte comme revenu — voyez travailleur autonome ou salarié au Canada.

Sources

Calculez votre salaire