Vous êtes travailleur autonome et vous venez de remplacer votre portable. Ajoutez une licence de logiciel, un disque externe, deux ou trois petits outils : on atteint vite quelques milliers de dollars en un après-midi. Vient alors la question qui revient chaque printemps — est-ce que je déduis tout ça cette année, ou est-ce que je l'étale sur plusieurs années ? Pour ce type d'achat précis, la réponse de 2026 est plus généreuse qu'on ne le croit.

Pourquoi un ordinateur ne se déduit pas comme une rame de papier

L'Agence du revenu du Canada (ARC) range vos dépenses d'entreprise en deux familles.

D'un côté, ce qui se consomme dans l'année : le papier, l'essence, le forfait Internet. Vous soustrayez ces montants de votre revenu l'année où vous les payez, et c'est réglé.

De l'autre, les biens durables. Un ordinateur sert plusieurs années. L'ARC l'écrit noir sur blanc sur la page de la ligne 9936 du formulaire T2125 : vous ne pouvez pas déduire le coût d'un tel bien d'un seul coup, mais vous pouvez le déduire « sur une période de plusieurs années ».

Cette déduction étalée porte un nom : la déduction pour amortissement, ou DPA. Nous lui avons consacré un article d'introduction ; retenez ici le principe, qui tient en une phrase. Chaque bien durable entre dans une catégorie numérotée, et c'est la catégorie qui fixe le pourcentage que vous pouvez déduire chaque année.

Deux catégories couvrent presque tout ce qu'un travailleur autonome achète pour travailler : la 50 et la 12.

La catégorie 50 : le matériel informatique, à 55 %

L'ARC définit la catégorie 50 comme les biens acquis après le 18 mars 2007 qui sont « du matériel électronique universel de traitement de l'information et des logiciels d'exploitation pour ce matériel, y compris le matériel auxiliaire de traitement de l'information ».

En français courant : votre ordinateur, ce qui se branche dessus pour le faire fonctionner, et le système d'exploitation vendu avec. Le taux est de 55 % par année.

Attention à ce que « 55 % par année » veut dire. Ce n'est pas 55 % du prix d'achat chaque année. Le calcul se fait sur le solde dégressif : vous appliquez le taux à ce qu'il reste à amortir, et non au prix payé au départ. La page des renseignements de base sur la DPA le dit ainsi : la DPA « se calcule selon la base du solde dégressif puisqu'il s'agit de la plus courante ».

Le solde fond donc d'année en année sans jamais tomber à zéro d'un coup. Avec un taux aussi élevé que 55 %, l'essentiel du coût est tout de même absorbé en deux ou trois ans.

La catégorie 12 : logiciels et petits outils, à 100 %

La catégorie 12 est la plus généreuse de toutes : son taux est de 100 %. Deux choses qui nous intéressent y entrent.

Les logiciels, sauf les logiciels de système. L'ARC est explicite : « Incluez dans la catégorie 12 à un taux de 100 % les logiciels autres que les logiciels de systèmes. » La frontière est simple à retenir. Le système d'exploitation de votre machine relève de la catégorie 50, avec le matériel. Le logiciel que vous achetez ensuite pour travailler — comptabilité, montage, dessin — relève de la catégorie 12.

Les petits outils de moins de 500 $. La catégorie 12 « comprend des biens tels que les outils, les instruments médicaux ou dentaires et les ustensiles de cuisine qui coûtent moins de 500 $ et qui ont été acquis le 2 mai 2006 ou après ».

Ce seuil s'apprécie outil par outil, et il compte. Un outil de 500 $ ou plus bascule dans la catégorie 8, qui regroupe « du mobilier, des appareils ménagers, des outils de 500 $ ou plus par outil » à un taux de 20 % seulement. Entre 499 $ et 501 $, le traitement fiscal n'est pas le même.

La règle de la demi-année, et l'incitatif qui la suspend

Il reste un obstacle, et c'est celui que la plupart des gens ignorent.

La règle de base s'appelle la règle de la demi-année. L'ARC l'énonce simplement : « l'année où vous avez acquis votre bien, vous pouvez demander la DPA seulement sur la moitié des acquisitions nettes ». La première année, vous ne comptez donc que la moitié de votre achat.

Sauf qu'une mesure fédérale la met en veilleuse. L'incitatif à l'investissement accéléré prévoit « la suspension de la règle de la demi-année » pour un bien acquis après le 20 novembre 2018 et « prêt à être mis en service avant 2028 ». Prêt à être mis en service, c'est-à-dire installé et utilisable — pas seulement facturé.

À la place, vous avez droit à une déduction bonifiée la première année. Elle valait au départ trois fois la déduction normale de première année. Depuis 2024, l'incitatif s'élimine progressivement et ce facteur est redescendu à deux fois.

Faites l'arithmétique : deux fois la moitié d'un taux, c'est le taux entier. Pour un bien prêt à être mis en service en 2026, la première année se calcule donc au taux plein de la catégorie, sur le coût complet.

Deux précisions avant de poursuivre. D'abord, la règle de la demi-année n'a pas disparu : elle reste la règle de base, l'incitatif ne fait que la suspendre, et cet incitatif expire avec 2028. Ensuite, la plupart des petits outils de la catégorie 12 n'y étaient de toute façon jamais soumis — l'ARC précise que « la plupart des petits outils faisant partie de la catégorie 12 ne sont pas soumis à la règle de la demi-année », les exceptions étant « les matrices, les gabarits, les modèles, les moules et les formes à chaussure ainsi que les dispositifs de coupage ou de façonnage d'une machine ».

Notez enfin que les catégories 54 et 55, celles des véhicules zéro émission, sont exclues de cet incitatif : elles ont leur propre régime, détaillé dans notre article sur la DPA d'une voiture électrique.

Trois achats, trois traitements

Voici ce que donnent les règles ci-dessus pour un bien prêt à être mis en service en 2026.

Ce que vous achetez Catégorie Taux annuel Déduction la première année
Ordinateur, matériel auxiliaire, logiciel d'exploitation 50 55 % 55 % du coût
Logiciel autre qu'un logiciel de système 12 100 % 100 % du coût
Petit outil de moins de 500 $ 12 100 % 100 % du coût
Outil de 500 $ ou plus 8 20 % 20 % du coût

Prenons un exemple en chiffres ronds. Vous achetez en 2026 un portable à 2 400 $, une licence de logiciel de comptabilité à 600 $ et quelques petits outils à 200 $.

Le logiciel et les outils se déduisent en entier la première année : 600 $ et 200 $. Le portable, lui, relève de la catégorie 50 : vous déduisez 55 % de 2 400 $, soit 1 320 $. Il reste 1 080 $ à amortir, sur lesquels vous déduirez 55 % l'année suivante, soit 594 $, et ainsi de suite sur le solde de 486 $.

Première année, vous avez donc déduit 2 120 $ sur les 3 200 $ dépensés — les deux tiers, en une seule déclaration.

Ce que cette déduction vaut vraiment

Une déduction n'est pas un remboursement. Elle réduit votre revenu imposable, et ce que vous économisez vraiment, c'est ce montant multiplié par votre taux marginal — le taux d'impôt qui s'applique à votre dernier dollar gagné, et non à l'ensemble de votre revenu.

L'écart est net. Sur les 2 120 $ de l'exemple, un taux marginal de 36 % vous fait économiser environ 763 $ d'impôt. À 27 %, la même déduction en vaut environ 572 $.

C'est pourquoi la première chose à connaître n'est pas la catégorie du bien, mais votre propre taux marginal. Notre calculateur de salaire net au Québec l'affiche à partir de votre revenu.

Où inscrire tout ça

La DPA d'un travailleur autonome se calcule et se déclare sur le formulaire T2125. L'ARC renvoie à un endroit précis : « Pour déterminer la DPA, allez à Section A — Calcul de la déduction pour amortissement ». Le résultat de cette section se reporte à la ligne 9936.

Trois réflexes valent la peine d'être pris dès l'achat :

  1. Classez la facture au moment où vous l'engagez, en notant la catégorie visée. Un an plus tard, distinguer le système d'exploitation du logiciel acheté séparément relève de l'archéologie.
  2. Vérifiez chaque outil contre le seuil de 500 $, outil par outil et non par facture. C'est ce seuil qui sépare 100 % de 20 %.
  3. Retenez la date de mise en service, pas celle de la facture. Un ordinateur payé en décembre mais déballé en janvier appartient à l'année suivante.

Questions fréquentes

Un ordinateur à 2 400 $ se déduit-il au complet la première année ?

Non. Un ordinateur relève de la catégorie 50, dont le taux de DPA est de 55 % par année, appliqué sur le solde dégressif. Sur 2 400 $, vous déduisez donc 1 320 $ la première année, puis 55 % du solde de 1 080 $ l'année suivante, soit 594 $. La bonne nouvelle : grâce à l'incitatif à l'investissement accéléré, un bien prêt à être mis en service en 2026 échappe à la règle de la demi-année, et cette première déduction se calcule au taux plein plutôt que sur la moitié du coût.

Quelle est la différence entre un logiciel de la catégorie 12 et un logiciel de la catégorie 50 ?

C'est la distinction entre logiciel de système et logiciel d'application. Le système d'exploitation vendu avec votre machine suit le matériel dans la catégorie 50, à 55 % par année. Tout autre logiciel — comptabilité, montage, dessin — entre dans la catégorie 12, à 100 %. L'ARC écrit : « Incluez dans la catégorie 12 à un taux de 100 % les logiciels autres que les logiciels de systèmes. »

Les petits outils de moins de 500 $ se déduisent-ils en entier la première année ?

Oui. Ils relèvent de la catégorie 12, dont le taux est de 100 %, et l'ARC précise que « la plupart des petits outils faisant partie de la catégorie 12 ne sont pas soumis à la règle de la demi-année ». Il y a des exceptions nommées : les matrices, les gabarits, les modèles, les moules et les formes à chaussure, ainsi que les dispositifs de coupage ou de façonnage d'une machine.

Dans quelle catégorie entre un outil de 500 $ ou plus ?

Dans la catégorie 8, à un taux de 20 % par année. L'ARC y range « du mobilier, des appareils ménagers, des outils de 500 $ ou plus par outil ». Le seuil s'apprécie outil par outil et non facture par facture : c'est lui qui sépare une déduction de 100 % d'une déduction de 20 %.

La règle de la demi-année s'applique-t-elle encore en 2026 ?

Elle reste la règle de base, mais elle est suspendue pour la plupart des achats. L'incitatif à l'investissement accéléré prévoit « la suspension de la règle de la demi-année » pour un bien acquis après le 20 novembre 2018 et prêt à être mis en service avant 2028. Depuis 2024, la déduction bonifiée de première année vaut deux fois la déduction normale au lieu de trois fois — ce qui revient, pour un bien mis en service en 2026, à déduire au taux plein de la catégorie.

Où inscrire la déduction pour amortissement dans ma déclaration ?

Sur le formulaire T2125, celui des revenus d'entreprise ou de profession. L'ARC indique : « Pour déterminer la DPA, allez à Section A — Calcul de la déduction pour amortissement. » Le résultat de cette section se reporte ensuite à la ligne 9936 du formulaire.

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