Vous avez acheté un ordinateur, un véhicule ou de l'outillage pour votre entreprise. Votre logiciel comptable calcule la déduction pour amortissement (DPA) de l'année et l'inscrit d'office. Beaucoup de travailleurs autonomes ignorent qu'ils ont le droit de refuser ce montant, en tout ou en partie — et que certaines années, le refuser rapporte plus que le déduire.

« Facultative » veut dire : de zéro au maximum

Un bien durable ne se déduit pas d'un coup. Son coût s'étale sur plusieurs années : c'est la déduction pour amortissement, la DPA. Si le mécanisme ne vous dit rien, commencez par notre introduction à la DPA ; la suite suppose qu'il est acquis.

Ce que beaucoup ignorent, c'est que le montant de l'année n'a rien d'obligatoire. Le guide T4002 de l'ARC l'écrit en une phrase : vous n'êtes pas tenu de déduire le montant maximal de la DPA dans une année donnée, et vous pouvez déduire n'importe quel montant, de zéro jusqu'au maximum permis pour l'année.

Chaque année, pour chaque catégorie de biens, trois choix s'offrent donc à vous :

  • déduire le maximum permis ;
  • n'en déduire qu'une partie ;
  • ne rien déduire du tout.

Une seule obligation subsiste. Même si vous demandez zéro, l'ARC vous demande de remplir quand même les sections appropriées du formulaire, pour y inscrire les acquisitions et les dispositions de l'année. Vous déclarez le bien ; vous choisissez simplement de ne pas l'amortir cette fois-ci.

Ce que vous ne demandez pas n'est pas perdu

C'est le point qui débloque tout le reste. Une DPA non réclamée ne disparaît pas : elle reste dans le solde de sa catégorie.

Chaque catégorie de biens porte un solde — ce qu'il reste à amortir. La DPA se calcule sur la base du solde dégressif : le taux de la catégorie s'applique au solde qui reste, et non au prix d'achat d'origine. Chaque déduction réduit ce solde d'autant, et diminue donc la DPA disponible les années suivantes.

L'inverse est tout aussi vrai, et c'est là que se trouve votre marge de manœuvre. Une année sans DPA laisse le solde intact. L'année d'après, le même taux s'applique à un solde plus gros, donc la déduction est plus grosse. Rien ne se perd ; tout se décale.

Pourquoi la même déduction ne vaut pas la même chose chaque année

Une déduction ne vous rend pas son montant. Elle retranche ce montant de votre revenu imposable, et ce que vous économisez dépend du taux d'impôt qui frappait ce revenu-là.

Ce taux porte un nom : le taux marginal. C'est le pourcentage d'impôt qui s'applique à votre dernier dollar gagné — pas à l'ensemble de vos revenus, seulement à la tranche du haut. Et il monte par paliers. Voici les tranches fédérales pour 2026 :

Revenu imposable Taux fédéral
jusqu'à 58 523 $ 14 %
de 58 523 $ à 117 045 $ 20,5 %
de 117 045 $ à 181 440 $ 26 %
de 181 440 $ à 258 482 $ 29 %
au-delà de 258 482 $ 33 %

Lisez ce tableau ainsi : un travailleur autonome dont le revenu imposable tourne autour de 40 000 $ voit son dernier dollar imposé à 14 % au fédéral ; celui qui en déclare 125 000 $ le voit imposé à 26 %. Même déduction, près du double d'économie pour le second.

Au Québec, deux impôts se superposent

Au Québec, le fédéral n'est que la moitié de l'histoire : un impôt québécois s'ajoute, avec ses propres paliers. Ce qui compte pour vous, c'est donc le taux marginal combiné, les deux impôts réunis.

Notre calculateur québécois l'affiche à partir de votre revenu. Deux repères, pour 2026 :

  • autour de 40 000 $ de revenu, le taux marginal combiné tourne autour de 25,7 % ;
  • autour de 125 000 $, il tourne autour de 45,7 %.

Prenons une DPA de 5 000 $. Réclamée dans l'année à 40 000 $, elle vous fait économiser environ 1 285 $ d'impôt. Reportée à l'année à 125 000 $, la même déduction en vaut environ 2 285 $. Soit 1 000 $ d'écart, pour exactement le même achat et exactement la même dépense.

Les quatre situations où il vaut mieux attendre

1. L'année est creuse. Revenu en baisse, contrat perdu, congé prolongé. Votre taux marginal est au plancher, donc la déduction y vaut le moins cher possible.

2. Vous ne payez déjà aucun impôt. Si vos revenus sont assez faibles pour que votre impôt soit déjà nul, une déduction de plus ne vous rapporte rien. Elle serait purement et simplement gaspillée.

3. C'est votre première année d'activité. Une entreprise qui démarre dégage rarement son plein revenu dès les premiers mois, alors que c'est précisément l'année où elle achète le plus de matériel. Amortir tout de suite, c'est dépenser la déduction au pire moment.

4. Vous savez qu'une grosse année arrive. Un contrat signé pour l'an prochain, la fin d'un congé parental, un tarif revu à la hausse : si votre revenu doit franchir un palier, la déduction vaudra davantage de l'autre côté.

Ce que le report coûte aussi

Reporter n'est pas gratuit. Trois contreparties méritent d'être pesées avant de renoncer à une déduction.

L'argent arrive plus tard. Une économie d'impôt encaissée dans douze mois ne vaut pas la même somme aujourd'hui, surtout pour une entreprise qui doit financer son fonds de roulement.

Le solde dégressif n'est pas pressé. Comme le taux s'applique chaque année au solde qui reste, la déduction revient par tranches de plus en plus petites. Elle ne disparaît jamais, mais elle peut mettre longtemps à sortir.

L'année prochaine n'est pas garantie. Le gros contrat peut tomber. Reporter une déduction, c'est parier sur un revenu futur, et ce pari se perd parfois.

Un dernier détail de calendrier : l'année de l'achat, la DPA se calcule en principe sur la moitié des acquisitions seulement — c'est la règle de la demi-année, détaillée dans notre article sur la date d'achat d'un bien. La DPA se calcule par ailleurs sur votre exercice financier, et non sur l'année civile.

Comment décider, en pratique

La décision tient en quatre gestes, à refaire chaque année.

  1. Estimez votre revenu imposable de l'année, une fois toutes vos autres dépenses d'entreprise déduites.
  2. Estimez celui de l'année suivante, même grossièrement.
  3. Comparez les deux taux marginaux. Si l'écart n'est que de quelques points, prenez la déduction tout de suite : l'argent maintenant vaut mieux qu'un petit gain plus tard. Si l'écart dépasse une dizaine de points, le report mérite d'être sérieusement envisagé.
  4. Remplissez le formulaire dans tous les cas, même pour une DPA de zéro, en y inscrivant les achats et les ventes de l'année.

Et rappelez-vous que le choix n'est pas binaire : vous pouvez réclamer une partie du maximum — juste assez pour ramener votre revenu au bas d'un palier — et garder le reste pour plus tard. C'est souvent la solution la plus fine.

Ce texte explique une mécanique générale ; il ne remplace pas l'avis d'un comptable qui connaît votre dossier.

Questions fréquentes

Suis-je obligé de demander la DPA chaque année ?

Non. Le guide T4002 de l'Agence du revenu du Canada le dit explicitement : vous n'êtes pas tenu de déduire le montant maximal de la déduction pour amortissement dans une année donnée, et vous pouvez déduire n'importe quel montant, de zéro jusqu'au maximum permis. Le choix se fait catégorie par catégorie et se refait chaque année.

Si je ne demande pas de DPA cette année, est-ce que je la perds ?

Non. Une DPA non réclamée reste dans le solde de sa catégorie, c'est-à-dire dans ce qu'il reste à amortir. Comme la DPA se calcule sur le solde qui reste, ce solde intact donne droit à une déduction plus grosse les années suivantes. Rien n'est perdu : la déduction est seulement décalée dans le temps.

Puis-je réclamer seulement une partie du maximum ?

Oui. Le choix n'est pas binaire : vous pouvez demander n'importe quel montant entre zéro et le maximum permis pour l'année. C'est souvent la solution la plus fine — réclamer juste assez pour ramener votre revenu au bas d'un palier d'imposition, et garder le reste pour une année où votre taux marginal sera plus élevé.

Dois-je remplir le formulaire si je ne demande aucune DPA ?

Oui. L'Agence du revenu du Canada précise que même si vous ne demandez pas de DPA pour l'année d'imposition courante, vous devez quand même remplir les sections appropriées du formulaire pour y indiquer les acquisitions et les dispositions de biens durant l'année. Vous déclarez le bien ; vous choisissez simplement de ne pas l'amortir.

Comment savoir si le report en vaut la peine ?

Comparez votre taux marginal de cette année à celui que vous attendez l'an prochain. Une déduction vous fait économiser son montant multiplié par ce taux. Au Québec, en 2026, le taux marginal combiné tourne autour de 25,7 % vers 40 000 $ de revenu et autour de 45,7 % vers 125 000 $ : une DPA de 5 000 $ vaut donc environ 1 285 $ dans le premier cas et environ 2 285 $ dans le second. Si l'écart n'est que de quelques points, prenez la déduction tout de suite.

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